17/05/2017

*Plumetiser*


































C'est un jour ballerines vertes jupe moche lendemain de Sauvignon enclume dans les poches.
Ça commence mal.
Changeons de jupe.
C'est un jour ballerines molles jupe rose lendemain d'insomnie plomb dans l'aile.
Peut encore mieux faire.
C'est un jour jupe à plis bottines collant résille jambes au soleil fenêtre ouverte. Délice de chaleur qui fait sourire les pommettes. Clic clac. Elle sera belle cette image.
C'est un jour boots bleues à petits trous jupe en tulle matin frisquet, j'ai commencé un nouveau carnet pour m'accompagner jusqu'à vous. Le coeur aurait pu lâcher, il est solide, le vin nous aide et les pâquerettes.
C'est un jour pyjama pieds nus sur la terrasse l'eau qui coule de l'arrosoir. Ma première rose éclot, je chavire.
C'est un jour pantalon noir marinière ligne 2 La Vie matérielle. Et l'envie d'écrire qui revient. Les barrières aussi.

Je m'enveloppe d'un rideau de plumetis, le mot est beau, la sensation aussi.

Je ne veux pas tenir un journal car la vérité m'est impossible parfois. Je ne veux pas écrire la vérité.
Je ne peux pas tenir un journal car la vérité ne s'écrit pas ni ne se prononce. Elle se déplace. Elle me traverse. Elle me caresse. Elle me blesse. La vérité est une blessure, un obstacle doux et douloureux. La vérité me rend muette.

11/05/2017

*Caresser*




































Je me souviens de son cri de détresse dans le blanc, de son cri les yeux fermés dans sa douleur, de son cri crevant le silence, de son cri de son petit visage adorable, de son cri quand il a surgi soudain au-dessus de moi au milieu de nous, de son cri quand il a surgi de moi, mon petit mon tout petit visage. Et l'émotion qui renverse toute la réalité. Fragile déjà. Recroquevillée.
Les séparations sont douloureuses toujours. Il faut nous coller l'un à l'autre. Nos peaux s'impriment s'embrassent se réchauffent se répondent se reconnaissent se connaissent s'apprivoisent se mangent se lient se pressent se rassurent se posent s'aiment se subliment se murmurent. Nos peaux se murmurent tout entières et je caresse le silence bouleversé.
Aujourd'hui nous sommes 18 ans plus loin.

Je caresse le silence toujours, je l'habite, je caresse les pétales nouveaux les feuilles tendres je caresse de mes pieds nus le bois chaud de soleil je caresse les joues je caresse les ventres je caresse l'image de ce jour prochain je le rêve mais ne l'imagine, je l'invente à peine je m'y dirige seulement.
Et je cherche, sans trouver, mon nom dans les livres.


26/04/2017

*Incliner*



























Les oiseaux tintillent déjà dans le lointain, les yeux ouverts dans l'aube noire, je détaille l'ampleur
J'opte pour le repli j'opte pour l'envol
Vous prendrez bien un nouveau paradoxe ?



14/04/2017

*Inviter*





































Deux mots en passant pour vous dire que je serai les vendredi 21 et samedi 22 avril, pour une vente éphémère, dans la très jolie boutique Mint & Lilies, 27 rue Daguerre, Paris 14e.
J'aurai quelques-unes de mes cartes et des petites nouveautés autour du souvenir à vous présenter.
(Si vous me suivez sur Instagram, j'y ai semé quelques photos sur le sujet...)

Monsieur d'Antoine sera aussi de la partie pour présenter ses belles céramiques.

Vous viendrez ?

*

Et sinon, je suis dans le dernier Flow, le numéro 16, disponible dans tous les kiosques, pour ceux qui voudrait voir à quoi ressemble un papillon en robe...
Merci encore à l'équipe de Flow, et particulièrement à Sabine Laguionie et Valérie Lhomme, d'être venue à ma rencontre.

06/04/2017

*Défroisser*



































J'ai mis un souvenir dans ma poche
Un semblant d'élégance sur mes ongles
J'ai enjambé la Seine, l'air était plus frais que la veille

Bagarre de canards sur le quai, une fille pour deux garçons
Prise de bec, bris de plumes, cou tordu

Paris est rose comme un pétale
Les trottoirs en bleuissent avec le soir
J'aime cette heure qui décline
Les rideaux se tirent, les bars se remplissent

Le Petit fer à cheval est étroit, les tabourets occupés au comptoir
On s'y accoude, le Chardonnay s'y pose
C'est bon
Le blanc est frais comme un pinson

Je défroisse le souvenir
Les mots sont noirs sur le gris
Ce sera très intime
On échafaude
On épingle
On s'allie
Les projets grandissent en rêve, cela fait des sourires
Sous le lustre j'engloutis le poisson du jour tandis que la lumière se tamise

Après le petit dernier, c'est la nuit
La lune est dans mon sac
Les roues effleurent le caniveau
Et à l'aube
Les oiseaux en pagaille heurtent mon sommeil
Je disparais



30/03/2017

*Empiler*






C'est un matin mutique
C'est un matin mutique où rien ne se prononce
Bonjour s'écrit mais ne se dit pas

Tout m'avale

Dans l'éclaircie les moineaux bavards ressemblent à une flopée de pompons dans le jardin géométrique de l'hôtel de Sully
Le parfum des giroflées me rappelle celle qui s'est transformée en nuage
Je m'apaise dans le silence des fleurs et je regrette de ne plus écrire la futilité des riens qui me caressent

"J'ai longtemps été retenu dans mon envie d'écrire par l'idée qu'il fallait avoir un propos profond et que ce devait être tout de suite parfait."*
Philippe Guery est passé outre cette pensée, mais moi j'en suis encore un peu là je crois.

Les barrières s'empilent. Toujours plus hautes. Heureusement il leur manque quelques barreaux.
L'interstice invite à la découverte, j'explore les continents qui se dessinent dans la clarté où dansent les poussières

Notre mémoire est pleine de béances où sombrent des jours entiers
C'est aussi étonnant que la netteté de certaines images qui restent imprimées derrière nos yeux.**

*si je suis levé, Philippe Guery
** Je m'aperçois que cette phrase est presque une façon d'annoncer un projet à venir sur le souvenir. 



29/03/2017

*Cataloguer*

Papillonnage un peu particulier pour vous présenter mon catalogue destiné aux revendeurs. J'espère qu'il vous plaira... (On peut le feuilleter comme un vrai catalogue, j'adore !)
Merci beaucoup à Timor Rocks !

24/03/2017

*Planer*


















Je reste en suspens au-dessus de l'essentiel
Une certaine façon de planer

Silencieusement s'empilent les minuscules brindilles
Le fragile édifice se balance sous les souffles parfois amers


06/03/2017

*Ruisseler*









Il n'y a plus le texte
Je l'ai enlevé.

*

Mais il reste les nouvelles cartes dans la boutique qui parlent de coquillages, de nos belles heures, de mots doux, de balançoire, de brindilles et de caresses, de nos petites vies que l'on émiette.
A ramasser par là. 


25/02/2017

*Nommer*



Elle me dit, ma mère adorait les fleurs, on est six filles, on porte toutes un nom de fleur, moi c'est Fuschia !
Marguerite, Rose, Jacynthe, Fuschia... Elle ne me dit pas pour les deux autres.
Violette ?
Non. Pas de Violette.
Elle ajoute, et j'ai appelé ma fille Lila. Ça lui va bien, elle est bouclée.

Je suis au comptoir, elle est assise à une table à côté.
Elle me dit, j'ai pris vingt kilos depuis que je suis à la retraite.
Je lui dis qu'elle a un beau visage. Elle me dit que je suis gentille.
Et puis elle dit encore, j'aurais préféré avoir des rides plutôt que des douleurs. Je ne peux plus rien faire. Profite, toi, profite de la vie.
J'essaie, je réponds.
Comment ça tu essaies ? Profite bon sang, après, regarde, regarde-moi.

Il y a le lustre à fleurs roses au-dessus de ma tête, je n'arrête pas de le prendre en photo, et le verre de Porto sur le gris du zinc. Je profite, oui, je profite des rires et de la nuit autant que du jour et des doutes.
Je regarde derrière la vitre le feu qui passe au rouge.
Je pense aux grains de sable et au bal du lendemain. Je vais ressortir mes chaussures dorées. Est-ce que je sais encore danser ?



11/02/2017

*Rosir*































Tu la regardes te peindre les ongles. Un film chinois passe sur son téléphone. Elle y jette un oeil de temps en temps. Elle n'a pas pris la peine de baisser le son.
Il n'y a personne dans la boutique et la neige s'est mise à tomber. Alors. Alors tu ne voulais pas sortir, tu lui as tendu tes mains. Tu te dis que tu as encore mal choisi ton rouge. Il est trop rose. Ça va faire vieille Barbie. Tant pis. Tu regardes les flocons passer en diagonale devant la vitre. Les gens marchent vite. Ce gris glacé nous a surpris.
Tu regardes tes mains posées sur la table. Tes mains qui vieillissent. Tu vois se superposer sur elles l'image des mains de ta grand-mère. Les noeuds des articulations. Les veines saillantes. La peau nervurée. Tu sais que tu auras ces mains-là.
Tu tournes la tête. Les cris d'une femme chinoise te parviennent. Tu voudrais demander à You You qu'elle te traduise les dialogues. Qu'elle te raconte l'histoire de ce film qui passe sur le petit écran de son téléphone. Mais tu ne dis rien. Tu sais qu'elle parle trop mal le français et que cela va l'embarrasser. Il ne neige plus. Presque plus. Une sorte de pluie moche et mourante persiste avec peine. Tes ongles sont rouges. Ou roses. Tu n'en avais pas vraiment envie.

La nuit tombe pendant que le bus te ramène. Une odeur de chien mouillé te parvient par moment. Tu te laisses bercer. Tu te perds dans des questionnements qui s'éloignent de toi sans réponse.

Le vin se marie bien à ta nonchalance. Tu souris. Tu peux bien tituber, tu sombreras en douceur. Avec élégance, tu l'espères. Le rouge aux ongles. Un peu rose, c'est vrai.


01/02/2017

*Se prélasser*





Lundi

Gris
Je dessine des souris et des radis
Des fourmis aussi
Je sens que je vais stagner
Je sens la mauvaise journée
Je sors
Vélo
Bord de l'eau
Trois lettres dans la boîte jaune
Musée
Escalier

En arrivant en haut j'ai vu tout Paris au travers des vitres et c'était beau c'était gris c'était embrumé
J'ai pensé que j'avais bien fait de sortir et de pédaler et de monter jusque-là surtout que devant les toiles immenses de Cy Twombly l'élan est revenu
L'élan je ne sais pas vers quoi d'ailleurs
Et en découvrant l'installation de Junya Ishigami alors là. L'envol.
Il faut trouver de quoi s'émerveiller
Et il m'en faut peu
Un courant d'air parfois. Et.

Mardi

J'ai essayé un manteau bleu avec une martingale et en regardant mon dos dans le miroir j'ai pensé à ce garçon que je n'ai jamais rencontré il y a si si longtemps et qui portait un manteau bleu avec une martingale.
A quoi s'accrochent nos souvenirs pour refaire surface parfois ? Une martingale et hop, revoilà mon inconnu dans mes pensées à 14 heures ce mardi devant un miroir.
Il va très bien avec vos yeux, elle m'a dit la vendeuse, et je me suis demandée pourquoi elle se sentait obligée d'inventer un truc gentil et très improbable
De toute façon j'achète généralement n'importe quoi sans réfléchir car je ne sais pas réfléchir devant un miroir quand une vendeuse me regarde.
C'est comme ça.
C'est après que je vois que j'ai encore fait une erreur.

Le soir
J'ai dit, vous avez du pamplemousse pressé ?
Il a dit non
Alors j'ai dit, donnez-moi un verre de vin, celui que vous voulez ce sera très bien.
Je sais que tu souris là, toi, derrière ta limonade.

Mercredi

Contemplation chatons
Végétales, les chatons. Presque roses.
Une caresse.
Et un souvenir très précis là aussi qui se répète.

Je passe une partie de l'après-midi à dessiner des empreintes d'oiseaux dans la neige. Je floconne à l'aquarelle.
La bougie se reflète dans le soir qui s'annonce.


25/01/2017

*Bavarder*




J'étais à peine arrivée et je lui ai dit, je n'aime pas être là.
J'ai aussitôt ressenti mon erreur.
On ne doit pas parler avec des "pas". On ne doit pas exprimer ses doutes.

Je me souviens de celui qui m'a dit un jour :
"Il y a beaucoup de "pas" dans votre écriture. On aimerait que vous sachiez un peu plus."

*

Une petite phrase parfois, le ton d'une autre, suffit à me faire chavirer pour la journée.
Et le soir, l'angoisse me grignote le cerveau.
Une petite phrase, parfois, le ton d'une autre, suffit à me relever pour la journée.
Et le soir, je sautille sur les quais en imitant les moineaux.

*

Je suis entrée chez le fleuriste à la nuit tombée, j'ai choisi des roses orangées et du feuillage, des fleurettes blanches à mélanger dedans, et j'ai passé la soirée avec mon bouquet Fantin-Latour sous le bras, dans les rues glacées, puis sous la lumière jaune, au comptoir.
Je m'applique à inventer des soirées comme ça. Là, je peux dire, j'aime ça. J'aime être là. Avec cette brassée de roses et le bas de ma jupe qui s'en balance.






















Ma boîte aux lettres est un refuge pour douceurs. J'aime y enfouir ma main pour les recueillir.
J'ai vu un vol de cygnes au-dessus de la Seine et un homme endormi sur une pile de matelas dans le grand froid. Que sont devenues les princesses aux petits pois ?
Je ne prends plus de café chez Claude, je me demande s'il l'a remarqué.
J'ai écrit "La vie est belle" et "Oh la la", elles voulaient ma "jolie écriture" sur leur carte.
Il m'a proposé une coupe de Champagne.
C'est finalement amusant d'écrire quand on n'a plus aucune idée. C'est un peu bavarder.
C'est comme quand ce quelqu'un me dit, j'aime bien parler avec vous. En réalité, il aime quand je dis n'importe quoi.

J'ai fait ces deux dessins pour un projet sur les jardins parisiens. Je ne sais pas s'ils me plaisent.
J'ai la douceur. Il me faut l'âpreté.

J'aime bien quand vous m'invitez.




14/01/2017

*Pleuvoir*
























Je marchais et je pensais, il faut que j'écrive sur mon blog, il y a longtemps que je n'ai pas écrit, mais je ne sens rien que j'ai envie d'écrire là, écrire, oui, mais là, à cet endroit, je ne sais plus quoi écrire et il s'est mis à pleuvoir, c'était mardi et en plus j'avais mal dormi, je m'étais levée plusieurs fois dans la nuit, bref, il s'est mis à pleuvoir, à peine, des gouttes fines, un peu plus qu'une bruine, il s'est mis à pluvioter et je n'avais pas de parapluie alors j'ai pris un vélo et je sentais les gouttes sur mon front sur ma bouche sur mes paupières dans mes yeux même et pourtant je ne pédalais pas plus vite je pédalais nonchalamment je sentais la petite pluie sur mes joues tombantes.
Les joues tombent un peu quand on pense triste je me suis achetée deux livres.

Mercredi je suis montée par le boulevard en tirant mon caddie derrière moi et puis je suis redescendue avec la pluie je n'avais toujours pas mon parapluie et je suis remontée parce que l'imprimeur avait terminé entre-temps et je suis redescendue et j'étais trempée en arrivant, mon téléphone a dit, vous avez fait 8498 pas sous la pluie.

Jeudi j'ai dit je vais aller livrer Klin d'oeil aujourd'hui alors j'ai tout emballé et j'ai pris un vélib et j'ai pédalé, c'est un peu loin, et à mi chemin j'ai dû renoncer la pluie était trop forte et mon sac était en papier tout allait être mouillé.
Je me suis abritée à un comptoir presque rose, un vieux zinc parfait, le monsieur à côté a pris un café noisette il a dit, le temps est humide,  moi j'ai pris un allongé et j'ai regardé les planches de photos, j'ai cherché dessus la photo la plus belle et j'ai souri au souvenir de ce moment que j'avais tant aimé.

Vendredi le soleil me chauffait au travers du carreau je manquais d'efficacité, la faute à la fête de la veille, je vieillis, j'ai commandé deux livres en écoutant la radio, quelqu'un m'a demandé comment j'en étais arrivée à créer cet univers si personnel, la journée était claire mais quand je suis sortie tout s'est assombri je n'avais pas mon parapluie les bourrasques ébouriffaient mon chignon les gouttes désordonnées me piquaient le visage je suis allée au spectacle et après j'ai bu du champagne sous les roses Dominique n'était pas là je tombais de sommeil je n'ai pas pris un deuxième verre.

Samedi finalement il n'a pas neigé dans la nuit, le matin est lumineux, j'envoie "je ne sens rien à écrire je suis inquiète" et j'embrasse des pommettes.


05/01/2017

*Souhaiter*






























Il est temps de vous souhaiter une très belle année 2017...

*

Et puisqu'il me reste quelques cartes que je n'ai pas postées, je les ai mises là.