26/06/2017

*Semer*




Puisqu'il faut faire le vide, puisqu'il faut se séparer des choses qui s'entassent qui encombrent qui stagnent qui s'oublient, puisqu'il faut faire de la place puisqu'il faut s'alléger, je fais des sacs. Je fais des sacs de choses. Des petits sacs de petites choses. Je ne les regarde pas trop, j'y glisse un livre aussi et je m'assois sur le lit, ma tension me fait défaut.
Rechargée, chargée, je sors.
Je sors, je promène autour des immeubles mes sacs de petites choses que je dois oublier que je dois perdre dont je dois me séparer, puisqu'il faut faire de la place gagner de l'espace faire le ménage.
Et je sème.
Je dépose près des poubelles au coin des rues sur un rebord sous un arbre, tout près et parfois plus loin, les petits sacs de petites choses. Je dépose sur les trottoirs des sacs de bricoles et je ne me retourne pas parce que je sais bien qu'il pourrait me venir l'idée d'en remettre une ou deux dans mes poches.

*

Puis.
Je m'allonge tout en haut sous les petites feuilles de l'acacia qui dans sont pot s'incline, je m'allonge tout en haut sous le ciel que très loin les avions déchirent, je m'allonge sous mes pensées que le bleu dans son immensité aspire, je m'allonge longtemps et mon inertie creuse le silence.
Alors.
La nuit me recouvre.
La nuit me tombe dessus.


13/06/2017

*Rembobiner*








Je commence un nouveau livre dans le métro. A la lecture des premières pages, j'ai déjà envie d'écrire. Je pense à Mirabelle qui écrit sa vie dans les livres des autres. Je cherche un crayon dans mon sac. J'ai envie d'écrire deux choses sur le bas de cette page. Je ne trouve pas mon crayon. J'ai peur de perdre mon idée. Pour la retenir, je la répète en pensée en regardant autour de moi. Mon attention se fixe sur le talon de mon voisin, il est sorti de sa chaussure. Le beau talon nu d'un homme noir. Mon idée se suspend, se perd. J'ai toujours envie d'écrire quand cela m'est impossible.

L'après-midi se joue. Se rejoue. Se rerejoue.
Tu entends le froissement de la jupe qui se répète dans l'ombre ?
C'était un beau mouvement, il aurait été trop bête de le laisser s'évaporer, de ne le laisser devenir qu'un souvenir, une image insaisissable.

La gaité en résulte juste avant que la nuit se mette à bourdonner. Je guette les miettes de lumière au travers de mes paupières. Mon rêve est déchiqueté sur l'oreiller. Je voudrais m'en extraire.

Les éclats de mon rire me laissent quelques éraflures.
Je titube de paradoxes.
Je pense, je me fourvoie. Ce n'est pas joli. Mieux vaut s'égarer.

Je reprends la lecture du même livre sur la même ligne à la ligne suivante deux jours après.
Dès que j'aurai trouvé mon nom, j'écrirai limpide.
Je trouve toujours une raison pour reporter au lendemain.



08/06/2017

*S'étirer*
































Dans le métro je regarde ce garçon jeune et long passer d'une personne à l'autre, se pencher et chuchoter aux oreilles. Personne n'entend vraiment ce qu'il chuchote à cause du bruit métallique de la rame, personne n'entend vraiment mais chacun tour à tour hoche la tête. Non. Pas de pièce.

*

Rien n'a voir. J'aime beaucoup passer du coq à l'âne.

*

Il y a en moi une gaité profonde qui se tient sage. Elle s'allie de façon éclatante à d'imperceptibles ingrédients et s'exprime parfois de façon très inattendue.
C'est un délice.
C'est une clairière.
Il est beau ce mot, clairière.
C'est une clairière en retrait derrière l'entremêlement broussailleux des inquiétudes.
C'est une clairière où je me projette dans l'herbe tendre et la lumière.
C'est une clairière où tournent les robes et s'étirent les fantaisies.

*

Il y a ce jour où je regarde le jardinier du cimetière pousser sa brouette dans les allées ensoleillées. C'est paisible. Il y a ce jour où dans le sous-bois des flocons de fleurs blanches s'envolent dans le contrejour. Je suis pieds nus dans la gadoue, mes chaussures à paillettes à la main. Il faut traverser le petits bras de rivière à pieds. C'est aussi joyeux que glacé.
Je serai une vieille folle. Oui. Je mettrai parfois trop de rouge, et nous dînerons à la bougie dans des jardins aux herbes en pagaille.
Il y a ce jour où je reçois une brindille et cet autre où des brisous m'arrivent dans une enveloppe. Il y a des échanges qui me réjouissent. Et d'autres qui m'accablent.
Il suffit d'en maintenir l'équilibre.

Il y a ce jour où je traverse la rue avec un café dans chaque main et où je regarde mon ombre avancer devant moi sur le bitume. Je pose les tasses au milieu des peintures de celui qui a choisi de vivre d'utopie. Il me rassure. Tellement.