13/06/2017

*Rembobiner*








Je commence un nouveau livre dans le métro. A la lecture des premières pages, j'ai déjà envie d'écrire. Je pense à Mirabelle qui écrit sa vie dans les livres des autres. Je cherche un crayon dans mon sac. J'ai envie d'écrire deux choses sur le bas de cette page. Je ne trouve pas mon crayon. J'ai peur de perdre mon idée. Pour la retenir, je la répète en pensée en regardant autour de moi. Mon attention se fixe sur le talon de mon voisin, il est sorti de sa chaussure. Le beau talon nu d'un homme noir. Mon idée se suspend, se perd. J'ai toujours envie d'écrire quand cela m'est impossible.

L'après-midi se joue. Se rejoue. Se rerejoue.
Tu entends le froissement de la jupe qui se répète dans l'ombre ?
C'était un beau mouvement, il aurait été trop bête de le laisser s'évaporer, de ne le laisser devenir qu'un souvenir, une image insaisissable.

La gaité en résulte juste avant que la nuit se mette à bourdonner. Je guette les miettes de lumière au travers de mes paupières. Mon rêve est déchiqueté sur l'oreiller. Je voudrais m'en extraire.

Les éclats de mon rire me laissent quelques éraflures.
Je titube de paradoxes.
Je pense, je me fourvoie. Ce n'est pas joli. Mieux vaut s'égarer.

Je reprends la lecture du même livre sur la même ligne à la ligne suivante deux jours après.
Dès que j'aurai trouvé mon nom, j'écrirai limpide.
Je trouve toujours une raison pour reporter au lendemain.



08/06/2017

*S'étirer*
































Dans le métro je regarde ce garçon jeune et long passer d'une personne à l'autre, se pencher et chuchoter aux oreilles. Personne n'entend vraiment ce qu'il chuchote à cause du bruit métallique de la rame, personne n'entend vraiment mais chacun tour à tour hoche la tête. Non. Pas de pièce.

*

Rien n'a voir. J'aime beaucoup passer du coq à l'âne.

*

Il y a en moi une gaité profonde qui se tient sage. Elle s'allie de façon éclatante à d'imperceptibles ingrédients et s'exprime parfois de façon très inattendue.
C'est un délice.
C'est une clairière.
Il est beau ce mot, clairière.
C'est une clairière en retrait derrière l'entremêlement broussailleux des inquiétudes.
C'est une clairière où je me projette dans l'herbe tendre et la lumière.
C'est une clairière où tournent les robes et s'étirent les fantaisies.

*

Il y a ce jour où je regarde le jardinier du cimetière pousser sa brouette dans les allées ensoleillées. C'est paisible. Il y a ce jour où dans le sous-bois des flocons de fleurs blanches s'envolent dans le contrejour. Je suis pieds nus dans la gadoue, mes chaussures à paillettes à la main. Il faut traverser le petits bras de rivière à pieds. C'est aussi joyeux que glacé.
Je serai une vieille folle. Oui. Je mettrai parfois trop de rouge, et nous dînerons à la bougie dans des jardins aux herbes en pagaille.
Il y a ce jour où je reçois une brindille et cet autre où des brisous m'arrivent dans une enveloppe. Il y a des échanges qui me réjouissent. Et d'autres qui m'accablent.
Il suffit d'en maintenir l'équilibre.

Il y a ce jour où je traverse la rue avec un café dans chaque main et où je regarde mon ombre avancer devant moi sur le bitume. Je pose les tasses au milieu des peintures de celui qui a choisi de vivre d'utopie. Il me rassure. Tellement.



17/05/2017

*Plumetiser*


































C'est un jour ballerines vertes jupe moche lendemain de Sauvignon enclume dans les poches.
Ça commence mal.
Changeons de jupe.
C'est un jour ballerines molles jupe rose lendemain d'insomnie plomb dans l'aile.
Peut encore mieux faire.
C'est un jour jupe à plis bottines collant résille jambes au soleil fenêtre ouverte. Délice de chaleur qui fait sourire les pommettes. Clic clac. Elle sera belle cette image.
C'est un jour boots bleues à petits trous jupe en tulle matin frisquet, j'ai commencé un nouveau carnet pour m'accompagner jusqu'à vous. Le coeur aurait pu lâcher, il est solide, le vin nous aide et les pâquerettes.
C'est un jour pyjama pieds nus sur la terrasse l'eau qui coule de l'arrosoir. Ma première rose éclot, je chavire.
C'est un jour pantalon noir marinière ligne 2 La Vie matérielle. Et l'envie d'écrire qui revient. Les barrières aussi.

Je m'enveloppe d'un rideau de plumetis, le mot est beau, la sensation aussi.

Je ne veux pas tenir un journal car la vérité m'est impossible parfois. Je ne veux pas écrire la vérité.
Je ne peux pas tenir un journal car la vérité ne s'écrit pas ni ne se prononce. Elle se déplace. Elle me traverse. Elle me caresse. Elle me blesse. La vérité est une blessure, un obstacle doux et douloureux. La vérité me rend muette.

11/05/2017

*Caresser*




































Je me souviens de son cri de détresse dans le blanc, de son cri les yeux fermés dans sa douleur, de son cri crevant le silence, de son cri de son petit visage adorable, de son cri quand il a surgi soudain au-dessus de moi au milieu de nous, de son cri quand il a surgi de moi, mon petit mon tout petit visage. Et l'émotion qui renverse toute la réalité. Fragile déjà. Recroquevillée.
Les séparations sont douloureuses toujours. Il faut nous coller l'un à l'autre. Nos peaux s'impriment s'embrassent se réchauffent se répondent se reconnaissent se connaissent s'apprivoisent se mangent se lient se pressent se rassurent se posent s'aiment se subliment se murmurent. Nos peaux se murmurent tout entières et je caresse le silence bouleversé.
Aujourd'hui nous sommes 18 ans plus loin.

Je caresse le silence toujours, je l'habite, je caresse les pétales nouveaux les feuilles tendres je caresse de mes pieds nus le bois chaud de soleil je caresse les joues je caresse les ventres je caresse l'image de ce jour prochain je le rêve mais ne l'imagine, je l'invente à peine je m'y dirige seulement.
Et je cherche, sans trouver, mon nom dans les livres.


26/04/2017

*Incliner*



























Les oiseaux tintillent déjà dans le lointain, les yeux ouverts dans l'aube noire, je détaille l'ampleur
J'opte pour le repli j'opte pour l'envol
Vous prendrez bien un nouveau paradoxe ?



14/04/2017

*Inviter*





































Deux mots en passant pour vous dire que je serai les vendredi 21 et samedi 22 avril, pour une vente éphémère, dans la très jolie boutique Mint & Lilies, 27 rue Daguerre, Paris 14e.
J'aurai quelques-unes de mes cartes et des petites nouveautés autour du souvenir à vous présenter.
(Si vous me suivez sur Instagram, j'y ai semé quelques photos sur le sujet...)

Monsieur d'Antoine sera aussi de la partie pour présenter ses belles céramiques.

Vous viendrez ?

*

Et sinon, je suis dans le dernier Flow, le numéro 16, disponible dans tous les kiosques, pour ceux qui voudrait voir à quoi ressemble un papillon en robe...
Merci encore à l'équipe de Flow, et particulièrement à Sabine Laguionie et Valérie Lhomme, d'être venue à ma rencontre.

06/04/2017

*Défroisser*



































J'ai mis un souvenir dans ma poche
Un semblant d'élégance sur mes ongles
J'ai enjambé la Seine, l'air était plus frais que la veille

Bagarre de canards sur le quai, une fille pour deux garçons
Prise de bec, bris de plumes, cou tordu

Paris est rose comme un pétale
Les trottoirs en bleuissent avec le soir
J'aime cette heure qui décline
Les rideaux se tirent, les bars se remplissent

Le Petit fer à cheval est étroit, les tabourets occupés au comptoir
On s'y accoude, le Chardonnay s'y pose
C'est bon
Le blanc est frais comme un pinson

Je défroisse le souvenir
Les mots sont noirs sur le gris
Ce sera très intime
On échafaude
On épingle
On s'allie
Les projets grandissent en rêve, cela fait des sourires
Sous le lustre j'engloutis le poisson du jour tandis que la lumière se tamise

Après le petit dernier, c'est la nuit
La lune est dans mon sac
Les roues effleurent le caniveau
Et à l'aube
Les oiseaux en pagaille heurtent mon sommeil
Je disparais



30/03/2017

*Empiler*






C'est un matin mutique
C'est un matin mutique où rien ne se prononce
Bonjour s'écrit mais ne se dit pas

Tout m'avale

Dans l'éclaircie les moineaux bavards ressemblent à une flopée de pompons dans le jardin géométrique de l'hôtel de Sully
Le parfum des giroflées me rappelle celle qui s'est transformée en nuage
Je m'apaise dans le silence des fleurs et je regrette de ne plus écrire la futilité des riens qui me caressent

"J'ai longtemps été retenu dans mon envie d'écrire par l'idée qu'il fallait avoir un propos profond et que ce devait être tout de suite parfait."*
Philippe Guery est passé outre cette pensée, mais moi j'en suis encore un peu là je crois.

Les barrières s'empilent. Toujours plus hautes. Heureusement il leur manque quelques barreaux.
L'interstice invite à la découverte, j'explore les continents qui se dessinent dans la clarté où dansent les poussières

Notre mémoire est pleine de béances où sombrent des jours entiers
C'est aussi étonnant que la netteté de certaines images qui restent imprimées derrière nos yeux.**

*si je suis levé, Philippe Guery
** Je m'aperçois que cette phrase est presque une façon d'annoncer un projet à venir sur le souvenir. 



29/03/2017

*Cataloguer*

Papillonnage un peu particulier pour vous présenter mon catalogue destiné aux revendeurs. J'espère qu'il vous plaira... (On peut le feuilleter comme un vrai catalogue, j'adore !)
Merci beaucoup à Timor Rocks !

24/03/2017

*Planer*


















Je reste en suspens au-dessus de l'essentiel
Une certaine façon de planer

Silencieusement s'empilent les minuscules brindilles
Le fragile édifice se balance sous les souffles parfois amers


06/03/2017

*Ruisseler*









Il n'y a plus le texte
Je l'ai enlevé.

*

Mais il reste les nouvelles cartes dans la boutique qui parlent de coquillages, de nos belles heures, de mots doux, de balançoire, de brindilles et de caresses, de nos petites vies que l'on émiette.
A ramasser par là. 


25/02/2017

*Nommer*



Elle me dit, ma mère adorait les fleurs, on est six filles, on porte toutes un nom de fleur, moi c'est Fuschia !
Marguerite, Rose, Jacynthe, Fuschia... Elle ne me dit pas pour les deux autres.
Violette ?
Non. Pas de Violette.
Elle ajoute, et j'ai appelé ma fille Lila. Ça lui va bien, elle est bouclée.

Je suis au comptoir, elle est assise à une table à côté.
Elle me dit, j'ai pris vingt kilos depuis que je suis à la retraite.
Je lui dis qu'elle a un beau visage. Elle me dit que je suis gentille.
Et puis elle dit encore, j'aurais préféré avoir des rides plutôt que des douleurs. Je ne peux plus rien faire. Profite, toi, profite de la vie.
J'essaie, je réponds.
Comment ça tu essaies ? Profite bon sang, après, regarde, regarde-moi.

Il y a le lustre à fleurs roses au-dessus de ma tête, je n'arrête pas de le prendre en photo, et le verre de Porto sur le gris du zinc. Je profite, oui, je profite des rires et de la nuit autant que du jour et des doutes.
Je regarde derrière la vitre le feu qui passe au rouge.
Je pense aux grains de sable et au bal du lendemain. Je vais ressortir mes chaussures dorées. Est-ce que je sais encore danser ?



11/02/2017

*Rosir*































Tu la regardes te peindre les ongles. Un film chinois passe sur son téléphone. Elle y jette un oeil de temps en temps. Elle n'a pas pris la peine de baisser le son.
Il n'y a personne dans la boutique et la neige s'est mise à tomber. Alors. Alors tu ne voulais pas sortir, tu lui as tendu tes mains. Tu te dis que tu as encore mal choisi ton rouge. Il est trop rose. Ça va faire vieille Barbie. Tant pis. Tu regardes les flocons passer en diagonale devant la vitre. Les gens marchent vite. Ce gris glacé nous a surpris.
Tu regardes tes mains posées sur la table. Tes mains qui vieillissent. Tu vois se superposer sur elles l'image des mains de ta grand-mère. Les noeuds des articulations. Les veines saillantes. La peau nervurée. Tu sais que tu auras ces mains-là.
Tu tournes la tête. Les cris d'une femme chinoise te parviennent. Tu voudrais demander à You You qu'elle te traduise les dialogues. Qu'elle te raconte l'histoire de ce film qui passe sur le petit écran de son téléphone. Mais tu ne dis rien. Tu sais qu'elle parle trop mal le français et que cela va l'embarrasser. Il ne neige plus. Presque plus. Une sorte de pluie moche et mourante persiste avec peine. Tes ongles sont rouges. Ou roses. Tu n'en avais pas vraiment envie.

La nuit tombe pendant que le bus te ramène. Une odeur de chien mouillé te parvient par moment. Tu te laisses bercer. Tu te perds dans des questionnements qui s'éloignent de toi sans réponse.

Le vin se marie bien à ta nonchalance. Tu souris. Tu peux bien tituber, tu sombreras en douceur. Avec élégance, tu l'espères. Le rouge aux ongles. Un peu rose, c'est vrai.


01/02/2017

*Se prélasser*





Lundi

Gris
Je dessine des souris et des radis
Des fourmis aussi
Je sens que je vais stagner
Je sens la mauvaise journée
Je sors
Vélo
Bord de l'eau
Trois lettres dans la boîte jaune
Musée
Escalier

En arrivant en haut j'ai vu tout Paris au travers des vitres et c'était beau c'était gris c'était embrumé
J'ai pensé que j'avais bien fait de sortir et de pédaler et de monter jusque-là surtout que devant les toiles immenses de Cy Twombly l'élan est revenu
L'élan je ne sais pas vers quoi d'ailleurs
Et en découvrant l'installation de Junya Ishigami alors là. L'envol.
Il faut trouver de quoi s'émerveiller
Et il m'en faut peu
Un courant d'air parfois. Et.

Mardi

J'ai essayé un manteau bleu avec une martingale et en regardant mon dos dans le miroir j'ai pensé à ce garçon que je n'ai jamais rencontré il y a si si longtemps et qui portait un manteau bleu avec une martingale.
A quoi s'accrochent nos souvenirs pour refaire surface parfois ? Une martingale et hop, revoilà mon inconnu dans mes pensées à 14 heures ce mardi devant un miroir.
Il va très bien avec vos yeux, elle m'a dit la vendeuse, et je me suis demandée pourquoi elle se sentait obligée d'inventer un truc gentil et très improbable
De toute façon j'achète généralement n'importe quoi sans réfléchir car je ne sais pas réfléchir devant un miroir quand une vendeuse me regarde.
C'est comme ça.
C'est après que je vois que j'ai encore fait une erreur.

Le soir
J'ai dit, vous avez du pamplemousse pressé ?
Il a dit non
Alors j'ai dit, donnez-moi un verre de vin, celui que vous voulez ce sera très bien.
Je sais que tu souris là, toi, derrière ta limonade.

Mercredi

Contemplation chatons
Végétales, les chatons. Presque roses.
Une caresse.
Et un souvenir très précis là aussi qui se répète.

Je passe une partie de l'après-midi à dessiner des empreintes d'oiseaux dans la neige. Je floconne à l'aquarelle.
La bougie se reflète dans le soir qui s'annonce.