12/04/2014

*Planter*




















Je le regarde. Il est planté devant la grande affiche du kiosque à journaux. Il porte un sac plastique dans une main, il ne bouge plus. Sur la publicité, une jeune femme, nue, en gros plan, cadrée juste au-dessous de la poitrine, cache ses seins avec ses mains. Une publicité pour un joaillier. La sobriété du luxe sur le papier glacé. La blancheur et la blondeur de cette femme parfaite. Et lui, devant, en arrêt, et moi qui le regarde et m'interroge. Mais qu'est-ce qu'il attend ? Qu'est-ce qu'il espère ? Que la jeune femme retire ses mains peut-être ? Il peut toujours rêver. Il faut toujours rêver un peu.
J'avance. Je ne vais pas rester plantée à regarder un homme planté devant une image plantée. Cela me rappelle le premier scénario que j'ai écris quand j'étais étudiante.
Plus loin, dans la cours d'un HLM, deux mamies ont déplié leur pliant au ras des pâquerettes. Il fait beau mais elles sont cachées sous la capuche de leur parka pour se protéger du soleil. Les caniches se chamaillent.
J'aime bien passer par là pour mes souvenirs.
Je pousse la grille et je m'étonne. Le petit banc ? Il n'y a plus de petit banc ? Il n'y a plus de petit banc. En réalité il n'y a peut-être jamais eu de petit banc. J'ai dû rêver. C'était bien. Il faut toujours rêver un peu.

Je vais aller marcher pieds nus dans l'herbe. J'aime bien marcher pieds nus dans l'herbe.

09/04/2014

*Kiter*















Rendez-vous 20h30/Place Colette/Du déjà-vu/Petits pas/Retard/Le pull gris/Grands sourires/Traversée du jardin du Palais royal déserté à la tombée de la nuit/Les chaises vides/Les fenêtres/Crissements/Celui qui se glisse dans son duvet sous le porche/Les grilles noires/La petite rue aux trottoirs étroits/Envie d'un pas de danse/Le même petit bar/Les mots bleus/La Pyramide/Les vendeurs de Tour Eiffel/Ma joue/Le beurre et l'argent du beurre/L'image des longues mains aperçues à 19 heures/La Seine/Quais frisquets/Les cases vertes des bouquinistes refermées/Tweeter : "Je n'ai pas compté combien de fois je suis rentrée par les quais."/L'endroit/Rien/Les hommes en orange lissent le bitume Quai d'Austerlitz/Bip/J'aime le gris/J'aime la nuit/Debout sur le muret pour la photo/Envoyer une exclusivité à Miss Suprbo en passant en bas de la Tour 13/

Ceci est un papillonnage en kit. Ingrédients classiques. A vous de l'imaginer.
(En attendant, j'essaie d'avancer.)

Un nouveau faire-part.

04/04/2014

*Repousser*























Depuis deux ou trois jours je pense à un nouveau projet. Depuis deux ou trois nuits je réfléchis je réfléchis et je me dis demain je m'y mets.
Ce matin je me décide. Je dois commencer aujourd'hui si je veux terminer à temps.
Oui aujourd'hui je m'y mets.
Mais avant je vais ouvrir toutes les fenêtres pendant un quart d'heure. Pendant que j'y suis, je secoue les couettes les couvertures je range les coussins les bols oubliés je vide l'évier.
Bon. Je m'y mets.
Une machine ? Oui. Ce serait bien.  Je trie le linge je choisis le plus gros tas je l'engouffre dans le tambour.
Je m'y mets.
Facebook ? Oui. Quand même. Un petit tour et une photo pour inciter à s'écrire des petits mots. Allez, pendant que j'y suis, un petit tour sur Instagram aussi.
Bon. Je m'y mets. Je sors un nouveau carnet. Ca aide les belles pages blanches.
Zut. La machine est finie. Bon. Je vide le tancarville et j'étends le linge qui sent bon.
Allez.
Un café ? N'importe quoi je ne bois jamais de café le matin mais là ça me dit bien.
J'ai mis trop de sucre mais c'est bon.
Je peux m'y mettre.
Je ne sais pas par où commencer c'est trop ambitieux c'est presque rien pourtant c'est n'importe quoi ça va être nul je ne vais pas y arriver autant ne pas commencer il faudrait quelqu'un pour me secouer me pousser m'aider me
Un mail.
Mon imprimeur. Il me dit votre BAT est prêt.
Parfait.
Je file m'habiller. Voilà une bonne occasion de ne pas travailler.
Bon. A ce rythme-là, je crois que mon affaire est plus que compromise.

02/04/2014

*Râper*





















Dans le dernier livre que j'ai lu, il est question d'amour de beauté d'internement de corps. Pendant ma lecture et à la fin, je réfléchis beaucoup.

Hier j'ai reçu un message où il est question d'un souvenir et de tremblement. Le souvenir devrait arriver dans une enveloppe bientôt. Je suis déjà touchée.

Dans mon carnet j'ai écrit : les gens meurtris écrivent de beaux livres, elles sont si petites mes égratignures.
Dans mon carnet j'ai écrit bien d'autres choses. Je sens le même sujet qui rôde.

Dans l'avant-dernier livre que j'ai lu, il est question dans un passage d'une moulinette à râper le gruyère. Cela m'a rappelé que nous en avions une quand j'étais petite.
J'ai envie de retrouver une moulinette à râper le gruyère. J'ai envie de tourner la manivelle et de regarder le gruyère tomber dans ma soupe ou sur mes coquillettes.
En attendant je dessine des petites chaussures et je ne sais pas pourquoi.


30/03/2014

*Se tortiller*



Debout appuyée au chambranle les pieds croisés dans mes Salomé je regarde les filles se tortiller sur les chansons à la mode. Je ne me tortille pas, moi, je suis absolument immobile et perdue à Boulogne dans ma robe à fleurs.
Elle avait dit fête de printemps en costume, personne n'a respecté la consigne. Je suis la seule à peine déguisée en fleur parmi tous ces inconnus. Je ne me sens même pas ridicule.
J'ai envie de danser mais pas de me tortiller, j'ai envie qu'on me prenne la main qu'on me fasse tourner, j'ai envie d'un rock à six temps d'une valse à trois temps d'un tango hors du temps de discrets enlacements j'ai envie de danser j'ai envie de danser.
Dans le jardin je fais trois pas sur la pelouse et j'entends par-ci je suis courtier en assurance, par-là contrôleuse de gestion, plus loin archi, archi en pagaille même, médecin urbaniste juriste et vous ? De grâce soyez chic ne me demandez rien vous voyez bien ce que je suis je ne suis rien.
Je vois bien qu'ils me regardent tous, lui surtout. Ils s'interrogent. Je les laisse s'interroger.
Il y a celui enfin qui remplit mon verre et qui s'installe tout près. Nous rions beaucoup, et si je reste silencieuse il me dit que je lui fais penser à Tess. On ne me l'avait encore jamais fait Tess. J'ai une belle collection pourtant de comparaisons.
Il est tard il veut me laisser son numéro mais je lui dis vous savez je n'ai pas de crayon plus de batterie aucune mémoire et je ne prends pas d'initiative alors c'est inutile. C'est dit.
Il est tard et je m'enfuis je me perds un peu plus je ne retrouve plus la direction de Paris.
Il est tard et enfin j'y suis et je m'engouffre sur le périphérique mais je suis distraite je le prends à l'envers. Tant pis. Il est fluide et silencieux presque vide ça glisse je monte le son je monte très fort le son toujours les mêmes chansons.
Mais je n'entends rien je ne chante rien je m'enfonce dans mes pensées, je n'entends rien je ne pense plus à rien je m'enfonce je m'enfonce dans le noir de la nuit éclairée.


27/03/2014

*Troubler*






















J'ai 22 ans. Le tout petit studio est vide. C'est moi qui l'ai obtenu. Je suis là pour signer l'état des lieux. Nous faisons le tour de la pièce avec l'agent immobilier. Puis il me tend la feuille. Je prends appui sur une petite étagère coincée au fond du ridicule coin cuisine. Une sorte de placard vide. Je porte une petite robe noire et droite à bretelles un peu larges. Mes épaules sont nues, mes jambes aussi. J'ai des petites chaussures noires que j'aime beaucoup. Il me tend un stylo. Je coche les cases. Je suis dans un tout petit espace et je le sens derrière mon dos. Il est beaucoup plus grand que moi. Imposant. Je suis minuscule. Je sens qu'il se tient au plus près. Qu'il peut. Que je n'ai pas sa force. Je sens son souffle. Je sens son regard sur ma nuque penchée. Je sens son silence. Je sens sa chaleur. Je pense non quand même il ne va pas. Je sens qu'il ne faut pas que je bouge car sinon il va. Je sens qu'il ne faut pas que je bouge car inévitablement nous allons nous toucher et qu'il ne résistera pas. Je sens qu'il ne faut surtout pas que je me retourne.  Je coche les cases, seuls mes doigts bougent. Je coche les cases je ne sais plus vraiment ce que je coche, puis je signe en bas. Il se ressaisit sûrement. Il sait que j'ai fini il s'éloigne légèrement. Je me retourne. Je sens son trouble. J'étais loin d'imaginer que. Je lui rends la feuille et son stylo. Nous avons terminé il me tend les clés.
Il me raccompagne dans le hall d'entrée. Ses yeux sont très bleus.
Je me tourne légèrement pour lui faire face et lui serrer la main avant de partir. Et c'est là qu'il craque. Je sens qu'il tremble mais il ose. Il me serre plus fort la main et me retient. Sa voix est cassée il bafouille. Il m'invite à prendre un verre.


C'était ce studio-là.
Ce petit texte fait partie du projet des souvenirs que j'ai lâchement abandonné.

20/03/2014

*Essir*































Et si on y croyait encore ?
Et si on se battait un peu ?
Et si on mettait des collants en dentelle et qu'on avançait sur la pointe des pieds ?
J'ai oublié que je savais danser
Et si on dévalait les escaliers ?
Et si on mangeait à minuit ?
Et si on échangeait nos carnets ?
Je me suis allongée par terre
Et si je continuais dans le désordre ?
Et si on se disait tu me manques au milieu de l'après-midi ?
Et si on arrêtait les questions ?
Et si on recollait les morceaux ?
Et si on ramassait les pétales ?
J'ai hâte de respirer sous les marronniers en fleurs
Et si on passait d'une rive à l'autre ?
Et si tu me lisais à voix haute ?
Et si on se dévoilait un peu ?
J'ai oublié que je savais tellement rire mais je ris encore
Et si on recommençait avant le début ?
Et si j'avais un peu de courage ?
Et si tu répétais les jolis mots ?
Et si tu osais un peu et moi aussi et eux encore ?
J'ai envie de danser
Et si on arrêtait d'emprisonner nos pensées ?
Et si vous me répondiez ?
Et si on se comblait ?
J'aime trébucher pour les égratignures
J'aime m'ébrécher pour le baiser qui console
Et si on se roulait dans l'herbe ou dans les coquelicots ou dans les draps ou dans leurs mots ou dans les nôtres ?
Et si on s'en lavait les mains ?
Et si on buvait jusqu'au matin accoudés au zinc ?
Et si je posais ma tête juste à cet endroit ?
Et si l'asphalte ?
Et si tellement encore mais j'arrête parce que à quoi bon autant enfiler ma robe et aller pédaler au soleil.


Et comme c'est le printemps et que j'ai aussi un magasin, je vous offre 10% avec le code PRINTEMPS jusqu'à samedi soir. Après, j'irai au bal !


19/03/2014

*Lalaler*





















- Mais qu'est-ce que tu fais ?
- Rien.

Je contemple mes giroflées en boutons en respirant les particules.
Je résiste aussi
Et je lalalie
Et je m'abandonne aux fondamentaux, oui, et qu'enfin cesse l'hallali...
Le sublime me terre. Le sublime me pousse et me prosterne.

J'ai un nouveau bureau. Pourvu que j'arrive à m'en servir.

Les petits badges *Coquelicoter* et "Toi et moi" sont dans le magasin.


12/03/2014

*Passer*






















Je suis passée près d'un banc aujourd'hui
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy, un banc en bordure
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy, un banc en bordure, juste à côté de l'entrée côté rue Charles Moureu
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy, un banc en bordure, juste à côté de l'entrée côté rue Charles Moureu, un banc vert clair
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy, un banc en bordure, juste à côté de l'entrée côté rue Charles Moureu, un banc vert clair où je m'étais assise un jour
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy, un banc en bordure, juste à côté de l'entrée côté rue Charles Moureu, un banc vert clair où je m'étais assise un jour pour téléphoner
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy, un banc en bordure, juste à côté de l'entrée côté rue Charles Moureu, un banc vert clair où je m'étais assise un jour pour téléphoner je me souviens il faisait beau
Je suis passée près d'un banc parc de Choisy, un banc en bordure, juste à côté de l'entrée côté rue Charles Moureu, un banc vert clair où je m'étais assise un jour pour téléphoner je me souviens il faisait beau et je souriais

Je suis passée près d'un banc parc de Choisy et les souvenirs me rendent toujours un peu triste.

Après je suis rentrée et je suis allée sur ce blog écouter deux ou trois chansons de sa playlist.


10/03/2014

*Juponner*

























Il me dit :
- J'habite depuis treize ans à Paris.
Je lui réponds :
- Tu ne peux pas habiter depuis treize ans à Paris, tu n'as que dix ans !
- Si, trois ans à l'intérieur de ma maman, et dix à l'extérieur.
- Ha. D'accord.

*

Sinon pas grand-chose.
Il fait beau, oui.
Il fait bleu, oui.
Ça fait du bien, oui.
On oublie les pantalons
On enfile les jupons
On sort de la maison
On sourit aux garçons
On se roule dans le gazon
Et on commence les plantations !