20/07/2014

*Instantaner*



























La petite voiture s'éloigne sur la contre-allée pavée
Immobile, elle la regarde s'éloigner
Elle a un petit sac à la main, elle fait un signe de l'autre
Le soleil l'éblouit
Le bas de sa robe rouge se soulève légèrement
Une mèche de cheveux s'envole

J'aurais bien aimé faire la photo. Vous raconter peut-être la scène précédente aussi. Puis la suivante. Ecrire un roman photo. Le roman photo de l'été.

11/07/2014

*Déverser*

































Lundi j'ai écrit à Julie et je lui ai dit, Julie, tu sais, je ne sais plus comment je lui ai dit, mais j'ai dit, tu sais, Julie, souvent, les mots m'inspirent. Et déjà, lundi, je pensais déluge. Déluge. J'avais envie d'écrire déluge. J'ai envie d'écrire déluge. Hier, j'ai écrit déluge aussi. Je pense déluge. Je ressens déluge.
Il y a la pluie bien sûr. Mais pas seulement. Ce n'est pas la pluie qui m'a fait penser déluge, mais maintenant la pluie l'accompagne. La pluie est en accord avec ce mot qui se promène en moi.
Je pense déluge. Je pense un déluge. Je sens un doux déluge. Quelque chose qui surprend qui coule qui dévale qui caresse qui emplit qui inonde qui renverse qui se déverse qui malmène qui enveloppe qui parcourt. Partout.
Je pense un déluge.
Un déluge pour toi, chante Christian Belin. C'est beau, un déluge pour toi.

J'ai envie de disserter déluge. J'ai envie de danser déluge. J'ai envie de déluge.
Mais je vous l'épargne.


09/07/2014

*Pinsonner*

































Il pleut il pleut encore mais peu importe
Il pleut j'enfile une robe et je danse dans la cuisine je danse pieds nus sur le parquet je danse dans mes chaussures dorées
Il pleut il pleut oui mais tant pis je sors avec mon parapluie j'enjambe les flaques je sautille pour aller plus vite je te prends par le bras je t'embrasse je te souris
Il pleut il pleut encore il pleut toujours c'est bien aussi les cheveux qui dégoulinent les tissus qui se couvrent de pois anthracites l'asphalte et les pavés qui luisent
Il pleut il pleut il pleut je cours plus vite j'arrive à l'heure dans la salle aux dorures et aux fauteuils
Il pleut le jour il pleut la nuit les bars sont pleins la piste aussi
Il pleut dehors je danse encore
Il pleut je bois un peu
Il pleut toujours j'écris aussi
Il pleut longtemps j'écris ailleurs, différemment
Il pleut je lis sur mon lit
Il pleut je cuisine
Il pleut je dessine
Il pleut je câline
Il pleut je bricole
Il pleut je paresse
Il pleut je petits mots
Il pleut je Grand Palais
Il pleut c'est un peu monotone mais je ne suis même pas triste
Il pleut j'ai du avaler un pinson et c'est bon

06/07/2014

*S'exhaler*
































Il y a comme un petit air d'abandon. C'est parce que les mains frôlent la soie et que la soie est légère et que le souffle du vent dans l'escalier de pierre.
Il y a comme un charmant dédale. C'est parce qu'après Le square, je me perds dans un jardin minuscule puis dans un plus grand où se côtoient le marbre et les pampilles et où je voudrais m'endormir.
Il y a comme un sentiment de légèreté. C'est parce que les jambes nues et cette danse que je ne retiens plus enfin.
Il y a comme quelque chose d'éclatant. C'est parce que le rire les regards le liseron rose qui enlace.
Il y a comme une émotion nouvelle. C'est parce que Palermo Palermo, un mur qui s'écroule et l'instant qui se prolonge s'invente et se répète.

Mais je ne suis pas très loin.

Le silence s'exhale et le plaisir aussi. La nuit me rassure. L'été s'épanouit.


26/06/2014

*Découdre*































Tout est décousu
Un peu ici, un peu là et l'essentiel nulle part
Je n'écris plus vraiment

Je profite du léger de mes robes, des pas de danse dans les nuits d'été, des rhums arrangés, des baisers, de mes songes, de cet auteur que je découvre, du bord de l'eau, des courants d'air, des mais oui Princesse, de la dentelle, de cette pause sur une chaise verte, des arrosoirs dans le soir, de la pastèque, de la longueur de mes bras, de la douceur de nos draps, du crissement des graviers, de l'ombre dansante, de l'abondance des plantes, de cette longue descente, du scintillement de la poussière, de la lumière jaune des réverbères...

Je voudrais énumérer encore tout au long de votre nuit des mots sortis de mes pensées
Des mots chuchotés, allongée, la fenêtre entrouverte et le rideau qui se soulève

Laisser reposer un peu peut-être

J'ai mis des petits lots avec des badges et des cartes dans le magasin...

22/06/2014

*Contenir*



























La nuit tombe et les galeries autour du jardin du Palais royal sont désertées. L'espace s'offre. Nous avançons. Le grand espace, la galerie immense et longue s'offre m'invite m'attire m'aspire me traverse. Je lui dis.  Je lui dis j'ai envie de m'élancer. Comme ça. Je tends le bras devant moi. J'ai envie de courir et de danser et de sauter comme une danseuse à l'Opéra. Comme une danseuse et faire n'importe quoi. Comme ça. Je lui dis mais je ne le fais pas. Et j'aime le bruit de nos pas sur les grandes pierres anciennes. J'ai mis mes ballerines et je pense à Jean Seberg.
Il me pousse. Elance-toi danse je te regarde. Il me pousse il m'incite allez il m'encourage. Mais je ne le fais pas.
Je sens combien je me retiens. Je sens combien j'étouffe mon désir.
Alors c'est lui qui s'élance et qui danse et nous rions beaucoup.

Puis arrive le moment de la place de Valois.
Je crois que j'aimerai toujours les nuits d'été et leurs possibilités.


19/06/2014

*Rêver*




























J'ai emprisonné un tout petit secret
J'ai dessiné un tout petit dessin
J'ai glissé une toute petite photo
Un minuscule coquillage
Et deux ou trois petits riens encore

Ce sont des secrets pour rêver à l'heure de la sieste...
Juste quelques pochettes, là.

Vous me direz ?

17/06/2014

*Pampiller*































Pendant que je n'écris plus, le parquet de l'hôtel particulier grince sous mes pas. Je suis seule dans le musée, j'avance seule dans la pénombre, je vais jusqu'à éviter la clarté. Je me délecte de cette solitude silencieuse. Je me délecte des pampilles. Je me délecte de ma mélancolie, en même temps qu'elle me pourrit les yeux.
Pendant que je n'écris plus, je piétine ma tristesse à petits pas très doux, je muselle mes doutes de tes doigts emmêlés, et j'enfile des éclats, des éclats de rire légers.
Pendant que je n'écris plus, il arrive qu'on m'enlève et que j'emmagasine de quoi écrire pour les années à venir, si je me remets à écrire.
Pendant que je n'écris plus, je lui dis, j'ai toujours le même ton je voudrais changer de chanson je m'accroche au même souvenir il me faut des années, vous voyez, des années pour ne plus y penser. Je vois très bien, il dit, ça me rappelle cette histoire de grain de beauté, je vais vous la raconter.
Pendant que je n'écris plus, je trébuche encore, encore et encore, encore et encore tellement, sur le même trottoir, la même aspérité, toujours, qui n'en finit pas de grossir, insidieuse.
Pendant que je n'écris plus, il s'ébauche aussi des prémices de toutes sortes qui me ravissent. Il faut dire que les prémices, c'est toujours ravissant.




11/06/2014

*Margeller*




























Il parle de margelle et je pense à cette petite comptine que me disait ma grand-mère et que j'ai tant répétée. Cette petite comptine où il est question d'une tartine et qui commençait par "Minette minette, d'où viens-tu ?....."
Cette petite comptine qu'il fallait dire en caressant le creux de la main. Cette petite comptine.

Il parle de margelle et de puits et d'amour perdu. Au fond.

Je pense à la tonnelle, j'imagine une glycine. L'ombre parfumée.
C'est là qu'elle écrit une lettre, une longue lettre. Une lettre qui raconte la solitude et le silence et le doute et l'incompréhension et l'inquiétude et l'amertume et le soulagement.  Elle écrit. Elle écrit car elle a décidé de poster, de se délier de l'immobilité, de dire, de creuser, de relier. Elle a cherché elle a supposé elle a trouvé elle a extrapolé, elle sait où envoyer comment rejoindre, traverser. Oui, elle sait, elle est déterminée.
Et puis la lettre, les longues pages noircies, la petite écriture qui remplit tout, qui ne s'arrête plus qui ne doute pas qui dit qui avoue qui interroge. C'est soudain comme un roman. Un petit roman.
Et puis elle plie en deux glisse dans l'enveloppe colle enferme protège cachette l'histoire les mots la lettre le baiser. Le baiser de la dernière ligne. Très droite.
Sur la margelle du puits pose la lettre et court chercher l'adresse.
Il ne reste que le silence de l'ombre sous la tonnelle.
Et puis revient et c'est le courant d'air.
La lettre.
Légère.
Tressaille à peine et, frôlant dans un bruit sec la pierre la margelle le lichen, se suspend un instant dans le parfum avant de tomber.
Le puits.
Tourbillons. Lents. Elle volette. Danse. S'enfonce dans le sombre, blanche. S'enfonce encore. Encore encore encore. Disparaît dans le profond.
Elle. Celle qui revient avec l'adresse. Elle. S'arrête brusquement défaille. Impuissante face au tressaillement de l'enveloppe. A la merci du souffle du vent. Tremble. Ne respire plus un instant. Ne respire plus. Encaisse. Suffoque presque. S'enfonce dans le sombre elle qui juste se redressait. Replonge. Soudain si pâle. Blanche.

Et par ici, des couleurs du Rififi...