19/10/2014

*S'endimancher*


















Je reçois : "Dimanche solaire. Rouge et doré. Pensées."
J'envoie : "Dimanche silence. Dimanche lecture. Dimanche lenteur. Dimanche cogitation. Dimanche chatons. Dimanche sourire. Dimanche poulet rôti. Dimanche rose blanche. Dimanche écriture. Dimanche lessive. Dimanche jupe parachute. Dimanche allô. Dimanche vélo. Dimanche tango. Dimanche chaussures dorées. Dimanche cavalier. Dimanche on danse. Dimanche ça tourne. Dimanche ça virevolte. Dimanche un verre. Dimanche à bientôt. Dimanche marcher un peu. Dimanche attraper le bus. Dimanche bercée. Dimanche qu'est-ce qui m'arrive. Dimanche une envie. Dimanche non. Dimanche si. Dimanche oreillette. Dimanche le message du 11. Dimanche pourquoi maintenant. Dimanche play. Dimanche fermer les yeux. Dimanche pincement. Dimanche spleen. Dimanche. Dimanche. Pensées."



16/10/2014

*Garder*
































Je garde des moustaches de chats dans une boîte à fleurs
Je garde mes dents de lait
Je garde un oeil sur eux
Je garde des paquets de lettres d'amour, je ne sais plus toujours qui me les a écrites
Je garde des petits bouts de pas grand-chose (des miettes, dirait Julie)
Je garde une cicatrice que vous ne pouvez pas voir
Je garde quatorze bocaux remplis avec des choses de toutes sortes récupérées sur plusieurs années dans les poches d'un de mes fils
Je garde espoir (mensonge)
Je garde un message depuis le 11 octobre 2013 dans mon téléphone, je n'ai ni le courage de l'effacer, ni de le réécouter
Je garde tous les tickets de mes sorties depuis que je vis à Paris
Je garde de nombreux secrets heureux
Je garde un petit caillou spécial
Je garde les yeux fermés pendant les scènes violentes des films
Je garde de nombreux secrets douloureux
Je garde une plume
Je garde le numéro de téléphone de personnes que je n'appellerai plus
Je garde les cheveux longs
Je garde beaucoup de choses pour moi

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai commencé cette liste, je n'aime plus les listes. Je pourrais continuer celle-là longtemps, je garde de moins en moins mais toujours beaucoup trop. Je crois que je ne savais pas trop quoi écrire mais que j'avais juste envie d'écrire une chose que je gardais au chaud.

J'ajoute que, depuis dimanche, je garde près de mon lit un méli-mélo d'amour : les quatre chatons de Maïa que j'embrasse des dizaines de fois par jour.


09/10/2014

*S'enjuper*




















Quand je suis entrée dans son bureau, j'ai regretté d'avoir choisi cette jupe. Mes talons ont fait beaucoup de bruit sur le vieux parquet, j'ai fini par marcher sur la pointe des pieds.
Il m'a apporté un café dans un gobelet en plastique blanc.
Et il a tout déballé.
Et puis j'ai tout déballé.

Quand je suis ressortie dans la rue et que le vent doux faisait voler ma jupe, je n'ai plus regretté.
Quand j'ai pris un vélo et qu'elle dévoilait mes collants à plumetis en faisant des vagues, je me suis dit, j'ai bien choisi.
Et quand, en montant les marches en bois du parvis, elle s'est gonflée comme un petit parachute, alors là j'étais comblée.

Une jupe, un peu de vent et j'oublie....

*

Et puis ce matin une sensation, et puis sous la douche une phrase qui en découle : je crois que je préfère l'étiolement à la coupe franche.
Peut-être quand cela m'arrange.

Les calendriers 2015 sont dans le magasin !


04/10/2014

*Amainer*


































Ajouter encore : Les mains lavent, les mains enveloppent, les mains rassurent, les mains s'opposent, les mains poussent, les mains sèment, les mains s'aiment.... Les mains. Les petites mains. Les grandes mains. Toutes les mains.


30/09/2014

*Laler*
















Un baiser, là, un baiser, là, un baiser, là
Lalalalala
Pédaler vite, là, sous les arcades, là, tourner à droite, là
Lalalalala
Un café, là, une petite table au soleil, là, Chez Céleste, là
Lalalalala
Un port de bras, là, une pirouette, là, un arabesque, là
Lalalalala
Dessiner des petites vagues, là, écrire une longue lettre, là, photographier, là
Lalalalala
S'inspirer d'Apollinaire, là, d'un fantôme, là, de ce reflet, là
Lalalalala
Trois petits dalhias ronds, là, une jolie chanson, là, le ventre de Maïa, là
Lalalalala
Se dandiner, là, croquer, là, respirer, là

Aujourd'hui était un jour lalalalalalalalala...........
Léger, volatile, et éphémère.



26/09/2014

*Varier*





















Quand j'écris "il y a", je pense à mon oncle.
Un jour, j'étais petite, il m'avait dit que son professeur de français leur avait enseigné d'éviter d'utiliser "il y a" dans un texte.
Je me suis demandé pourquoi. J'ai réfléchi. J'ai pensé à un exemple.

Il y a des fleurs devant la maison.
Des fleurs ornent le devant de la maison.

J'y pense souvent quand j'écris. Je pense à mon exemple. Je pense à mon oncle.
Mais cela ne m'empêche pas toujours d'utiliser "il y a".

Il y a le Père Lachaise dans mon dos et le retour qui s'amorce.
Il y a la rue de la Folie Méricourt et mon sourire qui s'étire.
Il y a dans ma bouche le reste d'une saveur délicieuse.
Il y a le soleil qui éclaire un trottoir sur deux et mes pas qui choisissent la lumière.
Il y a ce matelas abandonné et la photo qui s'impose.
Il y a cette façon évidente que j'ai de faire stagner les choses. Longtemps.
Il y a donc la sensation évidente qui s'ensuit de ne pas avancer. Depuis longtemps.
Il y a ce monsieur recroquevillé et endormi en plein après-midi sur ce pont que j'aime tant traverser.
Il y a ce jeune homme qui brutalise son chien et que tout le monde regarde, interloqué.
Il y a toute cette violence, partout, et le malaise qui me prend à la gorge.

Le Père Lachaise dans le dos, je descends la rue de la Folie Méricourt en souriant. Il me reste dans la bouche un goût que je voudrais pouvoir prolonger. Je choisis le trottoir ensoleillé, j'aime sentir le soleil me chauffer la nuque. Je sors mon téléphone pour prendre la photo de ce matelas abandonné.
C'est parce que je déambule que je pense à ma grande aptitude à l'inertie et à cette sensation troublante de ne jamais avancer vraiment.
La misère et la violence cohabitent chaque jour un peu plus et le malaise me prend à la gorge.


Inspiration dessin.
(Et puis, la boutique va fermer quelques jours pour travaux.)


18/09/2014

*Taqueter*






















Ça a commencé par les pliés
Toujours
Puis tout s'est enchainé à la vitesse d'un courant d'air grisant
Taqueté sissonne changement de pieds soubresaut assemblé glissade pas de bourré saut de chat pirouette grand jeté en avant préparation grand jeté en arrière tour piquet déboulé coupé-ballonnet attitude développé arabesque fondu port de bras tra la la je n'ai plus réfléchi j'ai dansé et je le répète assez, danser rend vivant, danser en écartant les bras comme une danseuse de l'Opéra allège, c'est épatant.

Puis
Rincée
Je me suis assise à la terrasse du petit restaurant à la devanture jaune. De l'autre côté de la rue, l'autre vitrine me renvoyait mon lointain reflet. Il y avait dans le noir de la vitre, du jaune et du vert et du blanc, et dans mon bol un gaspacho rouge et frais comme un pansement.


15/09/2014

*S'arrondir*
























Je pose ma main
Je sonde
Je mesure la courbe
Je tente de ressentir un mouvement
Je déplace ma main
J'appuie plus fermement
C'est doux c'est chaud
Je m'émerveille déjà
Tous les matins tous les soirs
Je pose ma main
Je caresse
J'observe le ventre qui s'arrondit

Enigme :
Il y a dans ma maison un ventre tout rond.
Mais ce n'est pas le mien.


12/09/2014

*Percevoir*
























Je repousse le moment d'écrire ici. Tous mes débuts sont monotones. Je repousse le moment d'écrire. J'ai quelques convictions qui ne sont pas bonnes à dire. Je repousse le moment d'écrire. Ici. Je n'ai envie que d'indicible.

J'ai voulu faire *Substituer*. L'idée m'était venue en changeant un mot de passe.
Je voudrais que tu le devines. Je le tape tous les jours sur le clavier, rien de tel pour remuer le couteau. Dans mes pensées.

Puis j'ai voulu faire *Percevoir*.
Je me demandais ce qu'il était possible de percevoir derrière l'enveloppe.
Car nous sommes des enveloppes en quelque sorte.
Peut-on percevoir le désarroi derrière un éclat de rire ?
Peut-on percevoir la gaieté derrière un visage monotone ?
Peut-on percevoir la faille derrière la cravate ?
Peut-on percevoir la nausée derrière la robe à volants ?
Peut-on percevoir la violence derrière la blondeur de cette fille ?
Peut-on percevoir la sagesse derrière le tablier du jardinier ? Ou au contraire sa mesquinerie ?
Peut-on percevoir le bonheur derrière les chaussures trouées ?
Peut-on percevoir l'amour derrière les larmes ?
Peut-on percevoir la joie derrière cette course effrénée ? Ou l'abandon ?
Peut-on percevoir l'assurance derrière cette blouse démodée ?
Peut-on percevoir la manipulation derrière ce bijou désuet ?
Peut-on percevoir le malaise derrière la simplicité d'un col en V ?
Peut-on percevoir l'envie derrière l'écharpe nouée ?
Peut-on percevoir la jalousie derrière le vernis orangé ?
Peut-on percevoir le plaisir derrière un dos vouté ?

La petite table ronde est vert canard. C'est joli. Les deux tasses à café sont noires. Et dessous, c'est le gris du large trottoir. Nos pieds. La photo serait parfaite.
Je parle doucement j'essaie de comprendre je fatalise toujours un peu. Il m'écoute. Et il y a son sourire. Et il y a les petits carreaux de sa chemise. Et il y a ses mains qui déchirent calmement le papier du sucre. Et il y a sa voix posée qui me répond. Et il y a son regard à ce moment-là. Et il y a ce que je tente de percevoir derrière tout ça.

Et puis hier, je réécoute le discours de remerciement de Xavier Dolan, à Cannes.
Et puis la façon dont il s'adresse à Jane Campion.
Et puis ça : "Je pense que tout est possible à qui rêve travaille ose et n'abandonne jamais."
Et puis mes larmes. Evidemment.
Que disent-elles ?
Peut-on essayer de percevoir soi-même ce que nous cachons ?

Je pense souvent à vous. Bonjour.


06/09/2014

*Anectoter*


Je les pose sur mon nez.
Je le regarde et lui demande :
- Alors ?
- Ça fait bizarre. On dirait un papillon.
- ...

Il arrive donc parfois que la réalité rejoigne la fiction, ou que l'auteur devienne son propre personnage.

*

Je redescends le boulevard et j'ouvre le livre que je viens de recevoir. Je commence à le lire en marchant.
La première phrase est une citation, celle-ci :
"Le bonheur ne produit pas d'histoires."
J'acquiesce intérieurement. Puis je réfléchis.
Je ressens l'envie d'écrire.

*

Pour Ingrid et Florence :
- Attacher la ceinture verte sur la robe noire.
- Enfiler les chaussures dorées à talons hauts.
- Marcher dans la nuit avec le pas dansant.

Je suis passée sous un lustre à pampilles dans un petit hall où pourrait se jouer la première scène d'un film. Je l'ai photographié. J'ai emprunté un petit passage étroit et long que je connaissais pas. Un chat persan aux poils légers m'a suivie. Comme moi, il se sentait bien dans cette nuit douce au parfum de verdure. J'ai pensé à l'Alice de Lewis.
Je me suis assise dans un petit bar à la lumière jaune. J'ai beaucoup ri. Oui.
Voilà. Comme promis, je vous épargne aujourd'hui les idées grises.