23/07/2016

*S'enlycer*































Tu respires le parfum des draps qui sèchent, tu remplis l'arrosoir, tu écoutes le bruit de l'eau qui coule dans la terre, tu aimes éclabousser tes pieds sur le bois chaud de la terrasse. La machine tourne encore, il n'y a plus qu'elle. Et le silence. Tu n'appelles personne, personne ne t'appelle, tu promènes les choses d'une pièce à l'autre, tu marches pieds nus sur le parquet, tu esquisses des petits pas de danse, tu te demandes qui arrosera les plantes. Tu prends une petite glace, tu touches machinalement ton ventre, tu n'arrives pas à travailler, tu devrais pourtant, tu dessines des lys fanés, tu ne sais pas quoi faire avec ce robinet qui fuit, tu relis tes notes et tu souris. Tu regardes les petites photos, tu les ranges. Tu ouvres tes boîtes, tu retrouves des choses oubliées, tu hésites à les photographier. Tu remarques que tes mains ont vieilli encore. Tu reprends une deuxième glace, tu te dis que tu ne mangeras pas ce soir. Tu déambules dans ton esprit, tu abordes toutes les pensées avant de les abandonner. Tu ne te concentres pas, tu ne sais plus réfléchir. Tu mets un vieux Gainsbourg. Tu savoures. Tu savoures l'espace de la solitude soudaine. Tu repousses le moment où tu t'inquiéteras.
Tu t'appelles comment ?
Tu te dis que l'on pourrait aussi écrire les histoires et les vivre ensuite, et non l'inverse.
Tu réfléchis donc à ce que tu vas faire cette semaine, et cette semaine commence ce soir : il fera 26 degrés à 20 heures près de la fontaine, tu arriveras par la porte latérale, le sable du jardin se glissera sous tes orteils, tu sentiras le tissu léger de ta robe sur ta peau nue, tu choisiras une chaise isolée et tu attendras que la nuit tombe pour entamer le chapitre premier.
Le titre du deuxième roman de votre été serait : L'été des lys.


19/07/2016

*S'éteindre*













Dimanche.
Je passe l’après-midi à lire. Je sens que je pourrais pleurer en lisant certains passages et je me demande quand je pourrai m’autoriser à écrire comme ça, sans ellipse. Je me demande si je pourrai un jour gommer les métaphores.

En lisant le dernier paragraphe du livre, deux larmes se forment dans mes yeux.
Je les essuie et j’empêche les autres de suivre.
Je pense à la mort. Je pense à la petite douleur dans mon cou.
Je pense à mon grand-père qui, coincé par les barrières dans son lit d’hôpital, m’a lancé : ce n’est pas la peine de venir me voir si tu ne peux pas me sortir de là.
Je pense à celui que je n’ai pas vu mourir mais dont j’imagine le sourire gêné derrière son masque à oxygène, son sourire généreux et bienveillant, heureux de voir autour de son lit ceux venus l’accompagner. Coincé, apeuré, mais ne l’exprimant pas pour ne pas déranger.
Je pense à celle qui ne pouvait plus me sourire et dont je ne connaissais pas ce regard de reproche et d’affolement devant l’impossibilité qu’elle avait soudain d’articuler. Elle avait pris la couleur des nuages dans les draps.
Je pense à celle qui a rendu si libres et gais les jours de mon enfance et qui s’est éteinte, amaigrie, dans une silencieuse tristesse, alors que j’étais loin un été. Je regrette de ne pas lui avoir demandé de me raconter la femme jeune qu’elle avait été.
Je pense à celle qui a été fauchée en pleine joie. Stop. Comme ça.
Je pense à celui qui a souffert si longtemps avec sourire et patience avant d’accueillir la grande dame, résigné. Je l’imagine chaque soir allongé sous la terre. 

Et puis je me souviens de ta chemise noire, de tes sanglots subits quand tu as voulu me dire, et de ma main qui s’est spontanément tendue pour essuyer tes larmes et attirer tes yeux à ma bouche. Il y avait la petite table carrée du bar entre nous et un journal posé dessus. Tu m’avais montré l’avis d’obsèques.
Et je t’ai dit, chuuut.... ne me raconte pas. Pas maintenant. 

*

Il est court ce texte, j'aimerais qu'il soit beaucoup plus long.
Mais c'est l'été. Je le poursuivrais cet hiver. 



09/07/2016

*Se réveiller*


























C'est sûrement parce que les jours se coulent dans la nuit et qu'à l'aube je guette déjà.
A l'aube je guette le petit bruit cristallin de la fontaine.
Le silence me réveille.
Je goutte à la paresse comme remède à l'inquiétude.

Nous sombrons ?
Oui. Mais regarde comme c'est beau...

*

Sur la petite route de campagne si familière, je repense à la 204 et à toutes les chansons que nous chantions à trois en avançant sous les arbres.
Dans mes souvenirs, tout est beaucoup plus grand. J'étais une petite fille dans une ferme immense.

*

Je ne résiste pas à la caresse du soleil sur la peau nue, ni aux volets clos dans la journée, ni à la douceur des soirs sur le bitume, ni aux verres au comptoir quand les autres rentrent se coucher, ni aux bouquets immenses, ni aux tissus légers, ni à la lecture des sombres histoires, ni à mes pensées vagabondes, ni au découragement, ni à l'ombre des tonnelles, ni à la lumière des bougies dans l'embrasure. C'est l'été.

*

Ce que je n'écris jamais c'est que je suis fière. Je suis fière de mes deux papillons.

*

Ça fait couler les larmes.

*

Il lui dit :
- J'espérais vous voir en robe légère.
Elle écarte son gilet d'un côté. La robe est à bretelles. L'épaule apparaît.
Ils se sourient.
Elle dit qu'elle ne reviendra pas. Elle se demande en disant cela si elle flanchera dans le quart d'heure suivant sur le trottoir. Elle se demande si elle se retournera. Elle se demande si elle sentira le poids de sa petite phrase peser soudain.
Dehors elle ne ressent rien d'autre que la douceur de l'air. Les pensées glissent. Elle photographie les fleurs emprisonnées derrière la vitre.

Cela pourrait être le début du roman de vos vacances.
Il faudra que je lui dise en serait le titre.



29/06/2016

*Reverdir*























Je regarde le spectacle du ciel.
Je n'ai pas fait la photo des volets mauves ni de la cabane dans le jardin ni des fanions décolorés dans les arbres désolés.
Pardon mais ici c'est la lumière qui m'enivre.

J'aime retrouver des petites phrases écrites n'importe où au crayon. Parfois je ne les comprends plus. J'aime bien. Elles me racontent autre chose.
Laisse-moi fermer les yeux. Ça va être magnifique.

Ma photo préférée à l'exposition de Josef Sudek avait la douceur d'une joue.
Une toute petite photo à regarder longtemps.
Quand j'entends la musique j'ai envie de danser. Là. Partout. Dedans. Dehors. Tu vois ?
Une petite photo une joue contre. Les souvenirs défilent.
Je m'éparpillerai sur le parquet et sur la pointe des pieds.
Ça va être magnifique. L'important, c'est la sensation évidemment.

Je n'ai pas fait la photo sur le banc délavé dans le jardin après.
Elle aurait été une belle photo.
Elle aurait été nue.
Avec les petites feuilles derrière. Vertes. Comme les chaussures.


22/06/2016

*Attendre*




La chaise est vide et seule à l'ombre des tilleuls. Leur parfum. Doux.
Le doux parfum des tilleuls dans ce premier jour de chaleur. Ciel blanc. Petites gouttes délicieuses.
La robe est noire. Toujours cette même robe noire. Les pieds nus les talons bobines.
Un anachronisme dans le club de tennis.
Je ne sais pas compter les points je ramasse les graviers à semer. Il serait temps de cesser de se perdre.
Et pour ne rien oublier, chaque jour faire des nœuds dans tes cheveux.

La chaise est vide et seule au milieu du parterre ombragé. C'est celle que je choisis pour attendre le soir. Et la pluie.


11/06/2016

*Déchoir*


























Le soleil était revenu la Seine s'était assagie mes bras étaient nus.
Dans l'ascenseur, mes yeux ont été attirés par le reflet de mon coude dans le miroir. Le bras ballant. J'ai remarqué les petits plis. Plus nombreux.
Mon coude a vieilli. Soupir.
J'ai passé mon doigt sur la douceur du plissé.

*

J'ai creusé moi-même le précipice, je me tiens en bordure de l'immensité.
La chute s'amorce
Douce
Lente
Inexorable
L'inexorable lenteur de la chute

Déchoir.
Je vous promets
Avec élégance
J'essaierai
Je vous promets d'essayer de déchoir avec élégance
Sans cri
Sans heurt
En silence

Je ne sais pas si on choisit vraiment.
Ne pas faire de choix, c'est choisir déjà, dit-il.

Je choisirai ma robe au moins
De celle qui souligne la décadence des corps la nuit
De celle dont la soie s'étale
De celle qui magnifie l'évidente tristesse
De celle qui souligne l'imperceptible ondulation
De celle qu'on montre du doigt

J'esquisse la chute.
J'aborde l'irrémédiable.
J'encaisse les éclats.
J'accepte.

La nuit
Souvent
Me relève.




02/06/2016

*Désinvolter*



Ça sent la faute ça sent la bêtise ça sent la vie, la désinvolture. Glissons ! Oui. Ça commence à bien faire. Je ne vois pas pourquoi on attendrait d'ailleurs, soyons un peu fous, personne ne le sera pour nous.

C'est la saison des coquelicots, on a les pieds dans l'eau. La Seine va engloutir Paris, je vais m'imaginer Venise.
Il s'agit d'enjamber le gris.
Ça commence par les roses blanches qui éclosent sous la pluie, les petites grappes de roses qui font se courber la tige. Gracile. Je résiste à la couper pour l'offrir. Chaque matin je la contemple à travers la vitre tandis que ma poilue me câline tandis que les joyeux s'agitent.

Enjamber le gris c'était hier encore un retour à vélo après une souriante affaire de chaises. Et au moment de la traversée du pont juste la bonne chanson, celle qui fait décoller celle qui étire le sourire celle qui caresse les meilleurs souvenirs. Un jour je ferai une liste.

Enjamber le gris c'est retrouver au fond de mon sac une miette de sablé aux framboises.

Enjamber le gris c'est ne pas oublier que les poubelles fleuriront encore certains soirs d'été et que la lune sera toujours là à nous regarder inventer nos histoires. Désinvoltes.

22/05/2016

*Vitriner*

























Il sentait bon, l'air du soir, avant l'orage. J'étais grimpée sur un tabouret, tout en haut, je cherchais la lune par-dessus le mur de la terrasse. Je cherchais la lune dans le ciel sombre, je cherchais la lune ronde, elle avait dû s'envelopper de nuages.
Un corbeau fou plus noir que l'obscurité croassait atrocement, il m'a frôlé la tête dans sa course aérienne. Un rescapé des Oiseaux, peut-être. J'avais envie de m'échapper, m'accrocher à ses pattes, onduler dans le ciel.
Arrête de rêver.
J'ai caressé des yeux les marguerites lumineuses, respiré le parfum des dernières giroflées, avant de m'enrouler dans un certain souvenir.
Je n'ai pas entendu éclater l'orage.

*

C'est la saison verte, la saison des marronniers en fleurs et des glycines aux lourdes grappes. C'est le moment de s'allonger dans les herbes hautes, les jours où la pluie se retient.

J'ai réalisé une nouvelle vitrine de saison, chez Mint and Lilies.
Vous pouvez la voir ici ou .
(Il y a aussi de jolies photos de la boutique et de la vitrine chez Ingrid...)

*

Et n'oubliez pas de venir nous voir à la Boutique passagère à partir de mardi, 15 heures.
Boutique passagère - 5, rue Médicis - Paris 6e. Du mardi 24 au dimanche 29 mai.
(Pour ma part, j'y serai présente de mardi à jeudi.)



13/05/2016

*Vélopenser*



J'ai pensé, je voudrais m'aventurer là où on ne m'attend pas.
Puis j'ai réfléchi à cette pensée. Et j'ai pensé un peu différemment. J'ai pensé, en réalité, je suis là où on ne m'attend pas, mais cela ferait désordre si on m'y trouvait.
D'ailleurs. Je ne veux plus qu'on m'attende.


J'ai pensé aussi en passant.
En passant j'ai pensé.
J'ai pensé en passant en vélo là.
J'ai pensé que je perdais l'intérêt de raconter, de dire, j'ai pensé que je m'enfonçais délicieusement dans le silence de mes songes et de toutes les histoires que j'y range que j'y dérange que j'y arrange et qui m'arrangent.
Et, alors que je passais là en vélo, j'ai pensé qu'un jour, sur ce pont, j'ai photographié Aragon sur le journal qu'un homme avait coincé sous son bras. C'était un jour où la désolation s'était écroulée sur le trottoir. Un jour d'un café préféré. Celui qui fait le coin sur l'île Saint-Louis. Le café où se jouent des scènes de films en noir et blanc.
Et puis j'ai pensé que, sur ce quai qui cerne l'île en arrondi, un autre jour, l'automne dorée me couvrait les pieds alors que j'étais assise sur le banc de pierre. Et la mousse entre les pavés luisait. Un chien. Et l'été précédent, dans l'autre arrondi, sur un autre banc, je portais ce dos-nu à losanges et une jupe un peu longue. La chaleur des rayons.
Et puis, pédalant encore, mes pensées ont pris un autre virage et ont formulé une réponse : bien sûr que nous allons le faire ce projet, cela fait presque un an que j'ai commencé.
J'ai pensé, c'est un projet silencieux. Un projet que personne n'attend. Un projet surprenant.

J'ai même fini par ajouter des virgules après avoir fait trois coupes franches. C'était presque douloureux.





10/05/2016

*Passer*























En attendant de retrouver je ne sais pas bien quoi, je passe par ici pour vous dire :

1 - Il y a une nouvelle carte dans le magasin.
2 - Les frais d'expédition sont offerts jusqu'à samedi soir (le 14 mai) avec le code MAMAN.

Et :

3 - Je serai du 24 au 26 mai à la Boutique Passagère à Paris, en bordure du jardin du Luxembourg, avec d'autres créatrices.
4 - Je serai du 27 au 29 mai au Marché des Créateurs de Noisy-le-Sec, où j'animerai même un petit atelier pour fabriquer et écrire un accordéon, à ma façon.

À très bientôt !


28/04/2016

*Bruxeller*




La grêle subite s'est présentée à moi comme une nuée de plumetis blanc dans le vent glacé. Comme une folle nuée devant le vert immense et silencieux des marronniers devant le rose des derniers pétales d'un cerisier, une folle nuée enveloppant les statues de pierre du jardin. J'ai couru sous la grêle qui picorait la terre de l'allée, qui picorait le gris des marches et des pavés, j'ai enjambé, j'ai traversé, suspendue à mon parapluie désarçonné. 
Ce sera mon souvenir premier de Bruxelles. La folle grêle piquante et lumineuse sur le vert tendre du printemps.


20/04/2016

*S'échapper*



































En juillet dernier, j'ai écrit :
Je ressens soudain le désir de vivre cette scène que j'imagine. La provoquer. Comme si j'allais faire en sorte de la vivre, pour le plaisir, ensuite, de l'écrire, dans ses moindres détails, dans ses plus infimes sensations.

Il y a plusieurs semaines, j'ai écrit :
Pourquoi les histoires ne seraient-elles romanesques que dans les livres ou dans les films ?

Il y a quelques jours, j'ai lu :
"J'ai commencé à faire de moi-même un être littéraire, quelqu'un qui vit les choses comme si elles devaient être écrites un jour."*

Ce matin, j'entends :
"Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, la frontière entre le réel et l'imaginaire a toujours été désespérément brouillée."**

*
J'ai vécu la scène imaginée. Elle se répète dans mon esprit. L'écriture viendra.
Je sens que c'est latent.
L'écriture latente. Celle qui coule en flot incessant dans mes pensées. Celle qui s'évapore dans mes rêveries.

*
En attendant. S'échapper.


*Mémoire de fille - Annie Ernaux.
** Roman Polanski.


11/04/2016

*Pépier*























A quatre heures et demie ce matin
Ce n'était pas vraiment l'aube
Pourtant
J'entendais pépier gaiement les oiseaux

Je ne vois pas ce que je pourrais écrire d'aussi joli
Que tout ce qu'ils se disaient dans le silence de ma nuit



04/04/2016

*Baluchoner*



















J'ai commencé par le dessin. Une série du même bouquet. La répétition. Un dimanche.
La pluie et le vent ont couché le seul narcisse qui avait fleuri sur mon balcon. Je l'ai recueilli. La pluie et le vent ne m'ont pas atteint. Il y avait son parfum.
J'ai annoté au crayon de couleur des vieilles pages de dictionnaire.
Je sens que je ne sais pas atteindre.
J'ai imprimé quelques-unes de mes photos. Toutes petites.
Je fais toujours les choses toutes petites.
Il faudrait que je m'analyse.
J'ai écrit derrière une phrase se rapportant à la photo.
Les photos se mêlent à nos souvenirs et s'inventent des histoires. Vous inventerez celle de la photo en noir et blanc.
J'ai écrit le secret numéro 6. Les cinq premiers sont loin déjà. Celui-ci est peut-être différent. C'est un secret poétique.

Qu'est-ce que vous faites dans la vie ? J'écris des secrets, et je les couds dans des petits morceaux de tissu. Avec mes chagrins.
Tout ça, ce n'est rien, et j'en ai fait un petit baluchon.

Rien à voir avec cette liste de noms que j'ai écrit hier dans mon carnet en visitant une exposition.
C'est parce qu'elle m'a dit que je dessinais trop de fleurs.
(Sourire pour toi.)




25/03/2016

*Rosir*

Le matin je patiente en lisant ce livre sans issue face au miroir. Chez Elodie coiffure.
Je lis des mots plus tristes que la tristesse. J'en ressens une certaine nausée. Je lis la peur le dégoût la beauté de la terreur. Je reprends mon souffle en levant par moment les yeux sur moi et. Une autre forme d'accablement pèse sur mes épaules et sur mes joues. M'observer. M'observer sous les lumières blanches et ingrates du salon de coiffure. J'ai presque froid. L'inexorable.
Dégringolade.
Dégringolade.
Dégringolade.
Pouf.
Pouf.
Pouf.

*

Et si le remède à la mélancolie passait par l'envie de Cendrillon ?
Je suis sûre que vous commencez par maîtriser les recettes du papillon.
(Indice numéro un : vertes !)

*

Le soir j'oublie mes mitaines mon chignon ne tient pas j'ai sûrement trop de rouge à lèvres. Mais. Même les jambes lourdes je descends les cinq étages en volant déjà. J'envoie un message en sortant du tunnel et la musique me porte au-dessus des pavés dans les rues piétonnes. La nuit tombe. Je me relève.
Sur la scène Milo minaude tandis que Nicolas de sa voix basse me nargue. Je pense à tous ces mots que j'ai écrits déjà et que je pourrai superposer aux images. Bientôt.
La nuit j'aime, j'aime la nuit et sur le côté de l'Hôtel de Ville le magnolia pleure ses pétales. Le rose dans le gris c'est doux comme. Je vous laisse choisir votre métaphore.
Et. Arrive dans ma main : "Trop de rouge à lèvres dans le soir, cela me fait rêver."
Et. Arrive dans mon esprit : "Elle a une bouche comme une sublime blessure..."*
Et. Je pense à la "bouche sans pourquoi ni comment" et à tout ce que cela m'a inspiré.
Et. N'est-ce pas la plus belle des sensations que de sentir les rêves s'élever au-dessus de nos têtes ?

La lune se cache sous un édredon alors que je la cherche. C'est parce qu'hier, toute ronde, elle paradait au-dessus de nous dans sa nuisette de nuages transparente...


*(Jane B., quelque part, à propose de Fanny Ardant.)