26/07/2015

*Sangloter*


























Il y avait des sanglots très tristes dans mon rêve. Si bien qu'en me réveillant j'en ressentais encore les secousses. Mais mes yeux étaient secs et j'avais perdu le pourquoi des larmes.

*

J'avance dans la petite rue désertée. Des roses anciennes dans la vitrine. Il a écrit à la main une citation sur du kraft, le fleuriste. Je m'arrête.
"Mesdames, si la personne qui vous accompagne vous estime si peu que, passant devant l'échoppe d'un fleuriste, elle ne vous comble pas d'un baiser et de fleurs : quittez-la !" Ovide, L'Art d'aimer.
Je vérifie derrière moi. Il n'y a personne.

*

Dans la voiture j'augmente le son de la chanson et nous rions en nous tortillant. J'ai mes talons dans mon sac j'y glisse mes pieds je ferme les boucles. Qu'il est bon de tanguer sous les arbres quand la nuit tombe.

*

Juillet se parcelle en douces sensations. Même la lune s'enlace.
"Continuez à être légère, c'est une forme d'élégance. Ne pas peser sur les autres."
Je fais de mon mieux entre les sanglots.



21/07/2015

*Luner*




























Il arrive certaines nuits que l'on cherche en vain la lune
Le ciel noir nu vide immense profond silence absence
Puis
Discrète d'abord
En quelques soirs s'impose
Rondement revient
Que ferons-nous sous la lune le 31 ?

16/07/2015

*Horizonner*























Je suis là je suis revenue le soleil m'a brulé les joues je suis là vous êtes où je dois trouver le courage de ne plus buter sur la même marche.
J'ai vu les petites voiles colorées dépasser le Phare du bout du monde. J'ai vu l'horizon et le soir colorer de noir les herbes dansantes sur la mer. J'ai regardé depuis les rochers les enfants quitter le port dans leur voilier.
J'ai écrit dans la nuit des mots minuscules. Un réveil toutes les deux heures comme les nourrissons pour me rassurer. J'ai eu peur dans le noir complet je n'étais pas dans mon lit il me fallait quelques secondes de tâtonnement dans les draps sur les murs pour retrouver mes pensées. Et m'y suspendre.
J'ai écrit "je suis inquiète jusqu'à l'horizon" et en même temps je me roulais dans le gazon en riant. Je transporte un paradoxe.
Je maîtrise le laisser aller, la douce dérive, l'amer abandon.


Merci pour vos commandes. Mes cartes s'envolent vers le Japon. Douce sensation.


04/07/2015

*Déserter*















Alors j'ai pris un vélo il était si tard tout Paris semblait s'être endormi et les rues désertées me regardaient glisser dans la douceur de l'air c'était.
Plaisir.

Mardi. Les poubelles ont fleuri dans les jardins du Palais royal. Ivresse de pétales.
Jeudi. Les fleurs ont fané dans mes bras. Je suis dans sa boîte.


(Pour vos commandes, il n'y aura pas d'expédition du 6 au 16 juillet. Je m'accorde la mer et le vent.)



29/06/2015

*Vernisser*



























D'abord j'ai tiré les rideaux, la lumière s'est mise à la sieste j'ai aligné les orchidées.
Les unes derrière les autres dans la baignoire le vert sur le blanc douche tropicale dans la pénombre j'ai finalement enjambé. Les pieds sous les feuilles les jambes nues la jupe relevée je nous ai aspergées d'eau glacée. L'odeur de terre s'est élevée.
Après, moi et mon vélo non mon vélo et moi, rafraîchis, on a pédalé jusque chez You You parce que c'est bientôt la plage et j'avais envie de rose pétale j'avais envie d'un truc de midinette en tongs.
Bonjour YouYou (maintenant YouYou elle m'embrasse) et là, les pieds dans la mousse, incroyable, ma voisine de vernis s'appelle Dolorès.
Do. Lo. Rès. (Vingt ans à peine même sans chaussette moi qui déjà déclinais je m'effondre. Inspiration profonde.)
Les jambes de Dolorès sont parfaitement dorées je me mets à penser au roman photo de l'été. Dolorès, quand même, ce n'est pas rien je crois que je vais commencer par écrire la fin. Je me demande, mais. Mais oui, qui de lui ou d'elle versera les larmes, hein Dolorès, les larmes, c'est lui ou toi à la fin de l'histoire ?
Hautaine, Dolorès ne me regarde même pas et moi, distraite, j'en rate ma couleur c'est presque une horreur. A la trappe mon rêve de pétales. Tant pis. Je ne sortirai qu'à la nuit tombée. Promettez-moi de ne pas regarder mes pieds.

(Les frais d'expédition sont offerts avec le code PAPILLON jusqu'à vendredi soir. Après je mets mes tongs. Pas longtemps. Promis.)

25/06/2015

*Galeriser*


























Et donc.
Alors que je piétinais tranquillement vous savez quoi, j'avançais dans la douceur de ce samedi après-midi, je déambulais je vagabondais je flânais je rêvassais, presque je me délectais.

Rue du pont Louis Philippe, la galerie.
Hervé Guibert. Une photo d'Hervé Guibert. Une jolie photo d'Hervé Guibert dans la vitrine. Toujours. Toujours quand je passe une photo d'Hervé Guibert, là. Et une pensée pour Mirabelle.
Je continue. Deuxième vitrine de la galerie. Elle est presque vide. Comme la première.
Trois choses. A droite, posé à plat, un livre sur l'histoire de cette galerie. Au centre, une grande photo, à la verticale, une belle photo en noir et blanc. A gauche, une feuille blanche posée à plat, avec écrit dessus, "Bail à céder" et deux numéros de téléphone.
Je ne comprends pas tout de suite ce qui me plaît. J'hésite à faire une photo mais je sens que ce qui me touche dans la vitrine n'apparaitra pas sur la photo. J'aime le vide qui l'occupe. La poussière. Les peintures vieillies. Le léger abandon. Le début d'abandon.
Je laisse un peu traîner mes yeux. J'accroche encore un peu mon regard à la vitrine à la photo à la poussière au bail à céder alors que je reprends ma marche sur le trottoir. Et puis je pars.
Alors.
Un homme court derrière moi et me rattrape.
Il dit, c'est moi qui ai fait cette photo, seriez-vous d'accord pour que je fasse votre portrait ?
Silence. Une seconde. Sourire. Vous me mentez, je lui dis. Et je pense, je ne suis pas née de la dernière pluie vous le voyez bien.
Mais non, insiste-t-il. C'est bien moi qui ai fait cette photo et j'expose à l'intérieur.
Ha. Bon. Eh bien, montrez-moi votre exposition.
Et nous entrons.
J'avoue que je regarde à peine les photos accrochées sur tous les murs. Mon esprit est préoccupé par les petites phrases. Seriez-vous d'accord ? Un portrait de vous.
Il dit, j'ai une autre exposition aussi. Le vernissage est la semaine prochaine.
Alors je viendrai, je réponds.
Echange formel des petites cartes, je repars.

Au bout de la rue, la Seine était éclairée par le soleil presque couchant.
J'ai pris à gauche, j'ai fait danser ma jupe sur mes jambes nues, puis j'ai pris un vélo et j'ai zigzagué dans les petites rues.


20/06/2015

*Piétiner*


















Alors, en descendant, je me suis arrêtée chez le cordonnier.
Je lui dis, rendez-moi mes chaussures, j'ai besoin de piétiner quelque chose.
Voilà, me dit-il, comment ça va ?
Je hausse les épaules je fronce le nez.
Qu'est-ce que je peux faire, vous prendre dans mes bras ?
Je lui souris, combien je vous dois ?
20 euros.
Je pose le billet sur le comptoir devant lui.
Je ne vous ai pas dit, ajoute-t-il, c'est 20 euros plus la bise.
Alors je me penche par dessus le comptoir et.
Une à droite, une à gauche, plus longue, la deuxième.
Humm... J'vous adore, vous, ajoute-t-il.

Ce cordonnier est unique.

*

J'ai mes chaussures, je vais pouvoir piétiner mon chagrin.
Il est beau, ce mot, chagrin.
Ce n'est pas grand-chose, un chagrin.
C'est une toute petite chose invisible et presque douce.
Quelque chose qui parcourt en silence.
Une tendre avalanche.

*

Merci pour vos mots. Beaucoup.
Si on faisait n'importe quoi ce soir ?


17/06/2015

*S'enfleurir*




























Je guette le pois de senteur, il est sur le point d'éclore
Le volubilis chaque jour se déploie
La clématite fait sa discrète cette année, juste quelques fleurs d'un côté
Le petit rosier, malade, peine. Je l'aide.
Le jasmin est sur la fin, il s'en est donné à coeur joie
Le laurier blanc est ravissant
L'arbre aux papillons est très en retard. Je dirais même qu'il stagne.
La pervenche est envahie par une colonie de fourmi
Les bambous se revigorent
Le houx blond enlace le saule assoiffé
Le petit acacia se balance, c'est à son pied que les pois foisonnent
La digitale m'a surprise, quel honneur
La lavande se couche, toujours
Les capucines sont en feuilles
Le trèfle est violet
La belle de nuit se prépare à veiller durant les longues soirées d'été
Le lierre est vieux et silencieux

J'ai coupé les fleurs fanées
Je les ai photographiées
Elles sont belles oui elles sont belles aussi

*

Il est entré dans la pièce où je l'attendais et il a dit, vous ne trouvez pas que c'est trop chargé maintenant. J'ai à peine haussé les épaules et puis j'ai dit, oui, mais il est joli ce petit sofa. Je vous le donne ! s'est-il exclamé. Nous avons souri. Je ne sais pas où je pourrais le mettre, mais vous savez que j'en rêve d'un petit sofa comme celui-là. J'en rêve dans cet endroit que je n'aurais jamais et qui s'ouvrirait sur un jardin. Je pourrais vous inviter et nous pourrions continuer à nous raconter encore.

*

Tant pis.

*

Je sens que ce blog s'épuise. Nourrissez-moi !

*

Je sens que je vous attends. Ecrivez-moi !


15/06/2015

*S'emballer*


























Il suffit d'évoquer un baiser, et les coeurs s'emballent...

Un baiser, une nouvelle carte.



08/06/2015

*Nuancer*


Mardi, il y a le Desplechin à la Pagode et en ressortant l'envie de lui écrire. Toujours. Toujours les mêmes envies. Cher Eric, si vous saviez...
Mercredi, la culpabilité le doute et l'ennui qui n'en finissent pas de me donner la nausée. Voilà qu'il me prend l'idée de vagabonder, je n'avais pas envisagé que cela allait me confondre. Comprenne qui pourra.
Jeudi, je dis, désolée vous allez être déçu, mais non, ce n'est pas mon prénom. A part ça, je sens que je fane.
Vendredi, les arrosoirs, la chaleur, le dîner en ville, le bref orage.
Samedi, ma robe à l'envers à l'ombre des platanes, des bricoles dans mon sac, des couloirs infinis, le soleil et ses deux jolies filles qui me rassurent et me sourient. Une glace dans le soir.
Dimanche, les premières cerises pour le dessert et je découvre la butte Bergeyre en jupe verte. Je voudrais m'asseoir au soleil et me prêter aux confidences.

*

Il faut des nuances musculaires, dit-elle de sa voix perchée en insistant sur "faut" puis sur "nu" puis sur "laires" et en accompagnant le chemin de sa phrase avec sa main qui ondule. Sinon, c'est comme si vous racontiez une histoire sur le même ton, c'est monotone.
Il faut des nuances musculaires. Il faut des nuances. Oui. Nuançons.
Laissez-moi nuancer ma monotonie.

*

Laisse-moi être silencieuse aussi.


01/06/2015

*Cocher*



J'ai dit secouez-moi et elle m'a demandé de dessiner des framboises.
Après j'ai choisi l'évasion.
Ce n'est pas vraiment par hasard que j'ai poussé la porte du numéro 20. J'ai cédé à la facilité pour regagner en légèreté, je n'ai donc pas résisté aux chaussures. Elles sont parfaites elles sont starlettes elles sont invite-moi à prendre un verre elles sont invite-moi à rire avec toi.
L'eau du canal était vert printemps je l'ai enjambé en passant sous la fraîcheur du marronnier. Les fleurs étaient sur leur fin, j'ai pensé aux mains.
Sur la placette aux brocantes j'ai pris une citronnade à la paille en déambulant entre les vieux tableaux les verres anciens les pampilles les lampes sur pieds les meubles bancals et le chien au repos.
J'ai enfourché un vélo.
(Le garçon, dans le magasin, il a dit, avec ces chaussures-là, il ne faut pas faire de vélo, il ne faut pas conduire, il ne faut pas marcher dans les graviers ni sur les bouches d'égout ni. Qu'à cela ne tienne, je les tiendrai à la main et je courrai en ballerines. Je m'arrêterai sous un porche pour les enfiler et j'enverrai les autres au panier.)
J'ai pédalé, l'air frais se glissait dans mes manches des larmes s'enfuyaient sur mes tempes.

*

A la maison Karrenbauer, rue de Charonne, il est écrit "A toute heure, on vous sert le bonheur."
Il était 11 heures j'ai pris une brioche au sucre et un café allongé j'ai voulu tester. Les tables rondes étaient alignées sur le trottoir je me suis assise à la cinquième en partant de la gauche. Déjà c'était agréable. A 11h30 j'ai pris la barre et au premier plié je souriais. J'ai senti que ça commençait à décliner au moment des grands battements. Je me suis dit que je prendrai un autre café en sortant.

*

Un jour elle m'a dit, il y a beaucoup de chaussures dans ton écriture.
Un jour il m'a dit, il y a beaucoup de "pas" dans votre écriture.
Aujourd'hui je me dis que finalement tout ça est assez cohérent.

*
- Tu sors de la pénombre quand même ? me demande-t-il.
- Je suis en pleine clarté, je lui réponds.

*

J'ai coché les cases j'ai choisi les dates l'année prochaine j'irai au spectacle.
"Cocher, ça veut dire faire une croix dans un petit carré", explique la petite fille dans le TGV.


27/05/2015

*Secouer*



Secouez-moi poussez-moi violentez-moi je m'abandonne
Dites-moi incitez-moi rassurez-moi je m'abandonne
Protégez-moi bousculez-moi emmenez-moi je m'abandonne
Portez-moi pressez-moi obligez-moi je m'abandonne
Entrainez-moi trainez-moi déterrez-moi je - vous avez compris - m'abandonne
Serrez-moi dansez avec moi intéressez-moi je
J'aime beaucoup dessiner les myrtilles
M'abandonne



22/05/2015

*S'étreindre*























Elle trace à la craie un cercle sur une grande vitre et elle dit, c'est une étreinte. Elle trace une croix à côté et elle dit, c'est un baiser. Elle trace un autre cercle, elle répète : une étreinte. Elle trace une autre croix, elle répète : un baiser. Compris ? Et elle continue sur le sol. Elle trace un cercle, une étreinte. Elle trace une croix, un baiser. Une étreinte. Un baiser. Une étreinte. Un baiser. Une étreinte. Un baiser. Le sol se couvre de cercles et de croix. Une étreinte. Une étreinte. Une étreinte. Un baiser. Une étreinte. Un baiser. Un baiser. Une étreinte. Une étreinte. Un baiser.
Puis elle va chercher un oreiller volumineux et s'allonge sur la scène, la tête dans le moelleux. Son visage fin et gracieux, souriant. Ses yeux fermés. Son corps en position de sommeil. Sa robe nuisette soyeuse. Ses longues jambes repliées légèrement sur la scène. Ses pieds nus.
Elle se relève et demande, j'ai dormi joliment, non ?
Oui. Oui. Oui.
Encore un très beau Pina hier soir. Deux en six jours cette année. Je suis gâtée.
Une étreinte. Un baiser. Une étreinte. Un baiser. Une étreinte. Une étreinte. Une étreinte. Un baiser.

A un moment j'ai pensé, mais comment peut-on à ce point ne pas faire ce qu'on a envie de faire ?
Je pense beaucoup quand ils dansent.


19/05/2015

*Historier*






























C'est l'histoire d'une fille qui enfile une jupe longue et qui prend son reflet en photo dans la porte vitrée
C'est l'histoire d'un homme qui avance sur le trottoir avec une canette de bière posée sur la tête
C'est l'histoire de Claude qui fait mousser le lait pour le chocolat chaud dans un pichet en inox
C'est l'histoire d'un garagiste qui dit, je préfère que ce soit vous qui déposiez la voiture demain plutôt que votre mari
C'est l'histoire d'une fille qui me dit qu'elle ne répond jamais au premier sms ni au deuxième mais parfois au troisième
C'est l'histoire d'une fille qui écoute les chansons d'un homme
C'est l'histoire d'un homme qui dit j'ai envie
C'est l'histoire d'une femme qui se trouve toujours plus nulle que les autres
C'est l'histoire d'une fille qui s'immisce
C'est l'histoire tu sais l'histoire que tu me racontes
C'est l'histoire d'un garçon joyeux qui me fait rire
C'est l'histoire d'une étoile qui dit adieu
C'est l'histoire d'un homme qui tremble
C'est l'histoire de la pluie qui se met à tomber alors que ces deux-là s'embrassent
C'est l'histoire d'un homme qui dit, je ne me sens pas à la hauteur, et d'une fille qui dégringole
C'est l'histoire d'une femme qui avoue trouver ça très beau
C'est l'histoire d'un bouquiniste qui met certains livres en avant dans sa vitrine car il sait qu'elle passe devant le mardi
C'est l'histoire d'une fille qui efface une phrase sur deux dont la dernière


Inspiration dessin.


10/05/2015

*Promener*























Cette nuit, dans mon rêve, je promenais ma grand-mère dans un lit à barreaux
Cette nuit, dans mon rêve, j'ai vu sa tristesse, celle que l'on ne perçoit pas quand on est un enfant
Ou que l'on tait ou que l'on voudrait effacer ou que l'on ne peut pas comprendre
Cette nuit, je cherchais une solution pour qu'elle sourie
Cette nuit, ils étaient longs les couloirs, il y avait des miroirs, je voulais qu'elle soit jolie
Cette nuit, dans mon rêve, son silence et sa tristesse

Après
C'est la lumière vive du soleil derrière le rideau
La caresse familière et douce
Le drap de lin sur la peau
Les pieds nus sur le parquet et la première gorgée de thé

Ce sont toujours un peu les mêmes recettes
Les mêmes sensations la floraison qui rendent heureux les papillons

Une colonie de fourmis s'est installée sous ma pervenche
Si on allait voir les iris au jardin des plantes ?






















Il y a de nouvelles petites robes, c'est bien pour les mamans, pour les mamies, pour toutes les filles !