02/09/2014

*Tournoyer*
























Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'arrive pas à dormir et je me dis que je pourrais peut-être écrire. Un truc.
Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'arrive pas à dormir et je me dis je ne vois pas ce que je pourrais raconter.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'ai pas recousu ce bouton.
Je n'arrive pas à dormir et. J'ouvre des fenêtres sur l'écran j'ouvre des fenêtres qui s'éclairent je sombre dans des images je lis des pages j'ouvre des fenêtres certaines mêmes qui ont pris la poussière. Les dangereuses fenêtres.
Je n'arrive pas à dormir et.
J'ai dû boire trop de café. J'ai repris le chemin des comptoirs et j'aime tourner ma cuillère dans la tasse.
Je n'arrive pas à dormir et. Je ne devrais pas mais. Je n'arrive pas à dormir et. J'ouvre le dossier noir celui où j'ai enregistré des traces.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'arrive pas à dormir et. Je crois que j'aime me faire un peu mal. Gratter la plaie soulever la croûte replonger dans l'amer.
Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'ai jamais su dompter mes pensées.
Je n'arrive pas à dormir et.
Je recoudrai le bouton demain.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'aurais pas dû. Je n'aurais pas dû relire tout ça.
Je n'arrive pas à dormir et. Je ferme tout, les dossiers les fenêtres les paupières.
Je n'arrive pas à dormir et. Je me rallonge et. Je me retourne et. Je me tourne encore et. Je tourne je tourne je voudrais noyer mes pensées tournoyer.
Je n'arrive pas à dormir et. Je. Et. Les draps. Je. Ma peau. Je. Je vais y arriver. Oui. M'endormir. Oui. La nuit est à son milieu. Je. Ma peau. Les draps. Mes pieds. Froids. Les draps. Ma peau. Ses pieds. Chauds.


27/08/2014

*Sourisser*


Les cartes postales de l'été, suite et fin.

Carte postale n°7 :

"Le matin, je pose une mûre ou un morceau de pain à l'entrée d'un petit trou dans l'herbe. Dans la journée, le petit repas disparaît. C'est la maison de la famille souris. J'aime bien observer leur manège en prenant mon petit déjeuner dans le jardin.
Un matin, la petite fille de mes amis me rejoint. Comme je sais qu'elle change souvent de lit la nuit, je lui demande si elle a bien dormi. Elle me répond : oui mais "cette maison, elle nous plaît pas trop à nous la nuit." Je souris et je lui dis :
- A toi, tu veux dire ?
- Oui !"

Carte postale n°8 :

"J'ai autant besoin de solitude qu'elle me fait peur.
Je voudrais décrocher complètement de toutes ces attaches virtuelles mais je ne le fais pas complètement.
Je me sens prête parfois à tenter des expériences pour le plaisir de les écrire ensuite. Si je ne les vis pas entièrement, je les ébauche au moins pour me donner le droit d'imaginer la suite, et de l'écrire.
Pendant mes vacances, je ressens souvent l'envie de rentrer."

Carte postale n°9 :

"Alors que je me décide à écrire quelques cartes postales, je m'aperçois que je n'en trouve aucune que j'ai envie d'acheter et d'envoyer. Je me résigne. J'en choisis quelques-unes. Je les envoie.
Le lendemain, je tombe sur une boîte d'anciennes cartes postales que je trouve très jolies. J'en achète dix. Je ne les envoie pas. Je regrette de ne pas en avoir acheté plus. C'est la fin des vacances. Je rentre."

*

Et comme aujourd'hui, je viens de recevoir une très jolie carte de Rotterdam, je vais en envoyer une dixième dès demain...

24/08/2014

*Poursuivre*































Pour ceux qui suivent, je poursuis l'histoire du papillon noir qui m'attendait sur le rideau blanc.

Maïa a attrapé le papillon
Maïa a blessé le papillon
Maïa s'est amusé avec le papillon blessé
Maïa a mangé le papillon
Maïa a mangé le papillon noir qui m'attendait sur le rideau blanc.
Le papillon n'a pas crié. Le papillon s'est laissé faire. Presque.
Les papillons ne crient pas
Les papillons ne disent rien
Les papillons se laissent manger
Les papillons.

*
Pour ceux qui suivent, encore, la suite des cartes postales :

Carte postale n°4 :

"Je ne fais pas toutes les photos que je vois. Je fais très peu de photos. Je vois toujours beaucoup de photos que je voudrais faire. Je pense toujours à beaucoup de choses que je voudrais écrire.
Le 10 août, je reçois ce message : "Je pars pour une quinzaine, sans Internet ou si peu, je vous embrasse... pour quinze jours." Cela me fait plaisir. Puis je me dis que je ne suis sûrement pas la seule à l'avoir reçu."

Carte postale n°5 :

"J'aime traverser les villages et regarder les maisons aux volets fermés. J'aime le silence de leur abandon. J'aime les couleurs délavées des volets. Les écailles de la peinture. Les crépis vieillis. Leur solitude. Les possibilités de l'imagination. J'aime penser à la pénombre des pièces. Au grincement des volets si on les ouvrait."

Carte postale n°6 :

"Je passe en voiture par la rue principale de la petite ville. Je vois un jeune garçon assis sur une chaise orange sur le trottoir étroit, devant une fenêtre ouverte. Il a un petit enfant sur les genoux. Je trouve cette image très belle. Je regrette la photo que je ne peux pas faire. Le lendemain, quand je repasse, la chaise orange est toujours là, devant la fenêtre. Je m'arrête plus loin et je reviens faire la photo. (Un homme apparaît à la fenêtre et me regarde. Je pars vite.) Le surlendemain, quand je repasse, la chaise orange est toujours sur le trottoir. Les volets sont fermés. Je m'arrête et je reviens faire la photo. Le jour suivant, la chaise orange a disparu. La fenêtre est ouverte. Je ne fais pas de photo."

La chaise orange est là.

*

Et puis, bonjour Tristesse, je savais que tu ne me lâcherais pas longtemps.



20/08/2014

*Revenir*






















Quand je suis entrée dans l'appartement
Un papillon m'attendait
Posé sur le rideau blanc.
Un papillon noir.
Un papillon noir, sur le rideau blanc.

*

Pendant mes vacances, je n'ai envoyé que neuf cartes postales. Avec des minuscules pensées, ou des minuscules histoires.
Je vais les renvoyer d'ici, par trois.

Carte postale n°1 :

"Pendant mes vacances, j'ai commencé trois livres. J'aime beaucoup le titre du troisième. Je n'en ai terminé aucun encore.
Quand je lis, j'ai envie d'écrire. Alors je m'arrête. Mais j'écris peu finalement. Ou pas.
Je manque de solitude peut-être. Mauvaise excuse sûrement.
Je me déçois."

Carte postale n°2 :

"Je marche seule dans la garrigue. J'emprunte des petits chemins. Je gravis des petites montagnes. Je m'enfonce dans la nature inconnue.
Je pense à Pauline Lafont. Je me demande qui se souvient encore de Pauline Lafont."

Carte postale n°3 :

"Un matin, je roule seule sur la petite route déserte en écoutant chanter ce garçon à la voix plaintive. Je cherche du pain. Je roule 15 km avant le premier dépôt sans croiser personne. J'imagine que je roule vers quelqu'un.
En rentrant, je m'allonge sur le muret en pierre. Je ferme les yeux. Les enfants courent autour de moi. Par moments, j'ouvre les paupières et je les observe. Je regarde leur corps jeune, leur beauté. Je pense à leur avenir. Et au mien. Je pense : je ne suis plus jeune, moi."

A suivre...


31/07/2014

*Partir*






















Juillet se termine, un jour je suis gaie le lendemain je suis triste
J'aime traverser Paris en pédalant et m'accorder des suites des élans des promenades infinies, la nuit, sur les trottoirs déserts
Il a été question de pampilles d'endroits particuliers de romans-photos de films en noir et blanc, de robe en tulle aussi de moquette chamarrée de petits pas dans les graviers
Juste de quoi se nourrir pour rêver ensuite les yeux fermés

J'ai aimé le vert des matins paisibles de juillet
J'ai aimé le doux de certains mots dans le silence
J'ai aimé le frais des draps et le bruissement des pages

C'est de saison
Je fais mon baluchon
Je ne vais pas à la mer
Je ne prends pas l'avion
Je n'ai pas de chapeau
Pas besoin d'épuisette
Juste deux maillots
Des robes un pull-over
Et puis trois livres
Un carnet
Le début de mes calendriers à avancer
Un petit mouchoir
De nombreuses questions
Et votre silence

Je sers le nœud bien fort.
A bientôt.

Pour vos commandes, il n'y aura pas d'expédition entre le 1er et le 20 août. Merci beaucoup.

25/07/2014

*Déambuler*


























Et si soudain la douceur des jours incitait au silence ?
L'été se promène nu pieds et je l'accompagne le rouge aux ongles et les pensées volatiles. Le carrelage est frais, le parquet endormi, les caillebotis brûlants, le gazon taquin, les galets résistent, le sable caresse, les draps épousent, la mer lave... Je regarde mes pieds et je ne dis plus rien. Les explications seraient confuses. C'est l'été. Je laisse planer mes sensations les yeux fermés.

J'essaie je commence je recommence j'hésite je doute j'abandonne.
J'écris je rature je recopie j'efface j'annule.
Mes projets ne s'ancrent pas. Comme moi, ils déambulent.





20/07/2014

*Instantaner*



























La petite voiture s'éloigne sur la contre-allée pavée
Immobile, elle la regarde s'éloigner
Elle a un petit sac à la main, elle fait un signe de l'autre
Le soleil l'éblouit
Le bas de sa robe rouge se soulève légèrement
Une mèche de cheveux s'envole

J'aurais bien aimé faire la photo. Vous raconter peut-être la scène précédente aussi. Puis la suivante. Ecrire un roman photo. Le roman photo de l'été.

11/07/2014

*Déverser*

































Lundi j'ai écrit à Julie et je lui ai dit, Julie, tu sais, je ne sais plus comment je lui ai dit, mais j'ai dit, tu sais, Julie, souvent, les mots m'inspirent. Et déjà, lundi, je pensais déluge. Déluge. J'avais envie d'écrire déluge. J'ai envie d'écrire déluge. Hier, j'ai écrit déluge aussi. Je pense déluge. Je ressens déluge.
Il y a la pluie bien sûr. Mais pas seulement. Ce n'est pas la pluie qui m'a fait penser déluge, mais maintenant la pluie l'accompagne. La pluie est en accord avec ce mot qui se promène en moi.
Je pense déluge. Je pense un déluge. Je sens un doux déluge. Quelque chose qui surprend qui coule qui dévale qui caresse qui emplit qui inonde qui renverse qui se déverse qui malmène qui enveloppe qui parcourt. Partout.
Je pense un déluge.
Un déluge pour toi, chante Christian Belin. C'est beau, un déluge pour toi.

J'ai envie de disserter déluge. J'ai envie de danser déluge. J'ai envie de déluge.
Mais je vous l'épargne.


09/07/2014

*Pinsonner*

































Il pleut il pleut encore mais peu importe
Il pleut j'enfile une robe et je danse dans la cuisine je danse pieds nus sur le parquet je danse dans mes chaussures dorées
Il pleut il pleut oui mais tant pis je sors avec mon parapluie j'enjambe les flaques je sautille pour aller plus vite je te prends par le bras je t'embrasse je te souris
Il pleut il pleut encore il pleut toujours c'est bien aussi les cheveux qui dégoulinent les tissus qui se couvrent de pois anthracites l'asphalte et les pavés qui luisent
Il pleut il pleut il pleut je cours plus vite j'arrive à l'heure dans la salle aux dorures et aux fauteuils
Il pleut le jour il pleut la nuit les bars sont pleins la piste aussi
Il pleut dehors je danse encore
Il pleut je bois un peu
Il pleut toujours j'écris aussi
Il pleut longtemps j'écris ailleurs, différemment
Il pleut je lis sur mon lit
Il pleut je cuisine
Il pleut je dessine
Il pleut je câline
Il pleut je bricole
Il pleut je paresse
Il pleut je petits mots
Il pleut je Grand Palais
Il pleut c'est un peu monotone mais je ne suis même pas triste
Il pleut j'ai du avaler un pinson et c'est bon

06/07/2014

*S'exhaler*
































Il y a comme un petit air d'abandon. C'est parce que les mains frôlent la soie et que la soie est légère et que le souffle du vent dans l'escalier de pierre.
Il y a comme un charmant dédale. C'est parce qu'après Le square, je me perds dans un jardin minuscule puis dans un plus grand où se côtoient le marbre et les pampilles et où je voudrais m'endormir.
Il y a comme un sentiment de légèreté. C'est parce que les jambes nues et cette danse que je ne retiens plus enfin.
Il y a comme quelque chose d'éclatant. C'est parce que le rire les regards le liseron rose qui enlace.
Il y a comme une émotion nouvelle. C'est parce que Palermo Palermo, un mur qui s'écroule et l'instant qui se prolonge s'invente et se répète.

Mais je ne suis pas très loin.

Le silence s'exhale et le plaisir aussi. La nuit me rassure. L'été s'épanouit.