11/02/2017

*Rosir*































Tu la regardes te peindre les ongles. Un film chinois passe sur son téléphone. Elle y jette un oeil de temps en temps. Elle n'a pas pris la peine de baisser le son.
Il n'y a personne dans la boutique et la neige s'est mise à tomber. Alors. Alors tu ne voulais pas sortir, tu lui as tendu tes mains. Tu te dis que tu as encore mal choisi ton rouge. Il est trop rose. Ça va faire vieille Barbie. Tant pis. Tu regardes les flocons passer en diagonale devant la vitre. Les gens marchent vite. Ce gris glacé nous a surpris.
Tu regardes tes mains posées sur la table. Tes mains qui vieillissent. Tu vois se superposer sur elles l'image des mains de ta grand-mère. Les noeuds des articulations. Les veines saillantes. La peau nervurée. Tu sais que tu auras ces mains-là.
Tu tournes la tête. Les cris d'une femme chinoise te parviennent. Tu voudrais demander à You You qu'elle te traduise les dialogues. Qu'elle te raconte l'histoire de ce film qui passe sur le petit écran de son téléphone. Mais tu ne dis rien. Tu sais qu'elle parle trop mal le français et que cela va l'embarrasser. Il ne neige plus. Presque plus. Une sorte de pluie moche et mourante persiste avec peine. Tes ongles sont rouges. Ou roses. Tu n'en avais pas vraiment envie.

La nuit tombe pendant que le bus te ramène. Une odeur de chien mouillé te parvient par moment. Tu te laisses bercer. Tu te perds dans des questionnements qui s'éloignent de toi sans réponse.

Le vin se marie bien à ta nonchalance. Tu souris. Tu peux bien tituber, tu sombreras en douceur. Avec élégance, tu l'espères. Le rouge aux ongles. Un peu rose, c'est vrai.


01/02/2017

*Se prélasser*





Lundi

Gris
Je dessine des souris et des radis
Des fourmis aussi
Je sens que je vais stagner
Je sens la mauvaise journée
Je sors
Vélo
Bord de l'eau
Trois lettres dans la boîte jaune
Musée
Escalier

En arrivant en haut j'ai vu tout Paris au travers des vitres et c'était beau c'était gris c'était embrumé
J'ai pensé que j'avais bien fait de sortir et de pédaler et de monter jusque-là surtout que devant les toiles immenses de Cy Twombly l'élan est revenu
L'élan je ne sais pas vers quoi d'ailleurs
Et en découvrant l'installation de Junya Ishigami alors là. L'envol.
Il faut trouver de quoi s'émerveiller
Et il m'en faut peu
Un courant d'air parfois. Et.

Mardi

J'ai essayé un manteau bleu avec une martingale et en regardant mon dos dans le miroir j'ai pensé à ce garçon que je n'ai jamais rencontré il y a si si longtemps et qui portait un manteau bleu avec une martingale.
A quoi s'accrochent nos souvenirs pour refaire surface parfois ? Une martingale et hop, revoilà mon inconnu dans mes pensées à 14 heures ce mardi devant un miroir.
Il va très bien avec vos yeux, elle m'a dit la vendeuse, et je me suis demandée pourquoi elle se sentait obligée d'inventer un truc gentil et très improbable
De toute façon j'achète généralement n'importe quoi sans réfléchir car je ne sais pas réfléchir devant un miroir quand une vendeuse me regarde.
C'est comme ça.
C'est après que je vois que j'ai encore fait une erreur.

Le soir
J'ai dit, vous avez du pamplemousse pressé ?
Il a dit non
Alors j'ai dit, donnez-moi un verre de vin, celui que vous voulez ce sera très bien.
Je sais que tu souris là, toi, derrière ta limonade.

Mercredi

Contemplation chatons
Végétales, les chatons. Presque roses.
Une caresse.
Et un souvenir très précis là aussi qui se répète.

Je passe une partie de l'après-midi à dessiner des empreintes d'oiseaux dans la neige. Je floconne à l'aquarelle.
La bougie se reflète dans le soir qui s'annonce.


25/01/2017

*Bavarder*




J'étais à peine arrivée et je lui ai dit, je n'aime pas être là.
J'ai aussitôt ressenti mon erreur.
On ne doit pas parler avec des "pas". On ne doit pas exprimer ses doutes.

Je me souviens de celui qui m'a dit un jour :
"Il y a beaucoup de "pas" dans votre écriture. On aimerait que vous sachiez un peu plus."

*

Une petite phrase parfois, le ton d'une autre, suffit à me faire chavirer pour la journée.
Et le soir, l'angoisse me grignote le cerveau.
Une petite phrase, parfois, le ton d'une autre, suffit à me relever pour la journée.
Et le soir, je sautille sur les quais en imitant les moineaux.

*

Je suis entrée chez le fleuriste à la nuit tombée, j'ai choisi des roses orangées et du feuillage, des fleurettes blanches à mélanger dedans, et j'ai passé la soirée avec mon bouquet Fantin-Latour sous le bras, dans les rues glacées, puis sous la lumière jaune, au comptoir.
Je m'applique à inventer des soirées comme ça. Là, je peux dire, j'aime ça. J'aime être là. Avec cette brassée de roses et le bas de ma jupe qui s'en balance.






















Ma boîte aux lettres est un refuge pour douceurs. J'aime y enfouir ma main pour les recueillir.
J'ai vu un vol de cygnes au-dessus de la Seine et un homme endormi sur une pile de matelas dans le grand froid. Que sont devenues les princesses aux petits pois ?
Je ne prends plus de café chez Claude, je me demande s'il l'a remarqué.
J'ai écrit "La vie est belle" et "Oh la la", elles voulaient ma "jolie écriture" sur leur carte.
Il m'a proposé une coupe de Champagne.
C'est finalement amusant d'écrire quand on n'a plus aucune idée. C'est un peu bavarder.
C'est comme quand ce quelqu'un me dit, j'aime bien parler avec vous. En réalité, il aime quand je dis n'importe quoi.

J'ai fait ces deux dessins pour un projet sur les jardins parisiens. Je ne sais pas s'ils me plaisent.
J'ai la douceur. Il me faut l'âpreté.

J'aime bien quand vous m'invitez.




14/01/2017

*Pleuvoir*
























Je marchais et je pensais, il faut que j'écrive sur mon blog, il y a longtemps que je n'ai pas écrit, mais je ne sens rien que j'ai envie d'écrire là, écrire, oui, mais là, à cet endroit, je ne sais plus quoi écrire et il s'est mis à pleuvoir, c'était mardi et en plus j'avais mal dormi, je m'étais levée plusieurs fois dans la nuit, bref, il s'est mis à pleuvoir, à peine, des gouttes fines, un peu plus qu'une bruine, il s'est mis à pluvioter et je n'avais pas de parapluie alors j'ai pris un vélo et je sentais les gouttes sur mon front sur ma bouche sur mes paupières dans mes yeux même et pourtant je ne pédalais pas plus vite je pédalais nonchalamment je sentais la petite pluie sur mes joues tombantes.
Les joues tombent un peu quand on pense triste je me suis achetée deux livres.

Mercredi je suis montée par le boulevard en tirant mon caddie derrière moi et puis je suis redescendue avec la pluie je n'avais toujours pas mon parapluie et je suis remontée parce que l'imprimeur avait terminé entre-temps et je suis redescendue et j'étais trempée en arrivant, mon téléphone a dit, vous avez fait 8498 pas sous la pluie.

Jeudi j'ai dit je vais aller livrer Klin d'oeil aujourd'hui alors j'ai tout emballé et j'ai pris un vélib et j'ai pédalé, c'est un peu loin, et à mi chemin j'ai dû renoncer la pluie était trop forte et mon sac était en papier tout allait être mouillé.
Je me suis abritée à un comptoir presque rose, un vieux zinc parfait, le monsieur à côté a pris un café noisette il a dit, le temps est humide,  moi j'ai pris un allongé et j'ai regardé les planches de photos, j'ai cherché dessus la photo la plus belle et j'ai souri au souvenir de ce moment que j'avais tant aimé.

Vendredi le soleil me chauffait au travers du carreau je manquais d'efficacité, la faute à la fête de la veille, je vieillis, j'ai commandé deux livres en écoutant la radio, quelqu'un m'a demandé comment j'en étais arrivée à créer cet univers si personnel, la journée était claire mais quand je suis sortie tout s'est assombri je n'avais pas mon parapluie les bourrasques ébouriffaient mon chignon les gouttes désordonnées me piquaient le visage je suis allée au spectacle et après j'ai bu du champagne sous les roses Dominique n'était pas là je tombais de sommeil je n'ai pas pris un deuxième verre.

Samedi finalement il n'a pas neigé dans la nuit, le matin est lumineux, j'envoie "je ne sens rien à écrire je suis inquiète" et j'embrasse des pommettes.


05/01/2017

*Souhaiter*






























Il est temps de vous souhaiter une très belle année 2017...

*

Et puisqu'il me reste quelques cartes que je n'ai pas postées, je les ai mises là. 


31/12/2016

*Enumérer*






































Il y a celui qui enlacera l'inattendue, cela lui va si bien
Il y a celle qui ramassera les pétales gelés de la dernière rose du jardin
Il y a celui qui sortira deux verres à pieds du meuble ciré
Il y a celle qui laissera ses cheveux défaits sur ses épaules nues
Il y a celui qui portera dans ses bras un bébé endormi
Il y a celle qui suivra en courant sur les quais son grand fou d'amour
Il y a celui qui laissera couler une larme
Il y a celle qui enfilera ses chaussures dorées 
Il y a celui qui éteindra la lumière
Il y a celle qui pensera à celui qui est loin
Il y a celui qui chantera sous la lune
Il y a celle qui aura caché une surprise sous les assiettes
Il y a celui qui aura froid dans son duvet
Il y a celle qui restera au chaud
Il y a celui qui ne dira rien
Il y a celle qui lui sourira
Il y a celui qui mangera les miettes sur la nappe
Il y a celle qui contemplera l'horizon depuis sa cabane en bois
Il y a celui qui passera la soirée dans un livre
Il y a celle qui sera ivre
Il y a celui qui sera gai
Il y a celle qui sera triste
Il y a celui qui dansera un dernier tango à Paris
Il y a celle qui dansera avec lui
Il y a celui qui fera un pont au-dessus de la mer noire pour nous offrir un baiser dans la nuit
Il y a

Je pourrai passer ce dernier jour à énumérer toutes les "celle" et les "celui", mais je vais mettre sous ma robe ce petit jupon de dentelle noire qui est le meilleur remède à la suie et entraîner mes papillons sous les lumières du chapiteau, juste en bordure de la nuit.


22/12/2016

*Egrainer*



Je reçois des mots doux
De vous
Je ne vous remercie pas assez
Mais
Sachez que je m'en fais des colliers
Des colliers de mots doux que j'égraine les jours où d'autres mots me blessent, les jours où d'autres mots me manquent.

On n'est jamais vraiment tirés d'affaires.

Je vous embrasse.
N'oubliez pas de danser dans la lumière.

*

Les commandes passées à partir d'aujourd'hui seront expédiées le 28 décembre.


15/12/2016

*Courir*




































Les bébés ne voient pas les coups venir
Les bébés ne courbent pas la nuque pour échapper aux éclats
Les bébés ne protègent pas leur visage de leurs mains
Les bébés ne courent pas pour fuir
Les bébés ne se cachent pas dans les caves

Les bébés font confiance à ceux qui les entourent.

Comment font les bébés quand tout s'écroule ?
Ils meurent.

Je voudrais faire de mes bras un refuge et courir vite le dos courbé dans cette ville en lambeaux.
Je voudrais arracher un bébé à la violence des gravas.

*

J'ai suivi Estelle dans sa belle initiative et offert quatre dessins. Là 

12/12/2016

*Gadiner*




C'était le soir du plissé soleil, du petit coeur blanc épinglé dans le mohair, des petits pas en talons devant les miroirs du cinéma pour faire danser le bas de la jupe et chanter les semelles sur le carrelage du passage.
C'est un grand petit plaisir le bas de la jupe qui danse qui s'en balance qui caresse les jambes...
Alors, les petits pas cendrillons dans les escaliers, les petits pas cendrillons sur les pavés, tac tac tac, et on pousse la porte vitrée et si la place sous les roses est déjà prise, on la guette depuis l'autre bout du comptoir en laissant sa jupe s'étaler sur le grand tabouret.
Tout un programme de rien qui me met en sourire.

Après la danse des cocktails sur le zinc cuivré, tu fais le chemin en sens inverse et tu prends la descente en vélo, les carrosses sont tous crevés, tu pédales en talons et tu laisses le plissé soleil se prendre dans les rayons et ton sac s'enrouler autour du guidon. Patatras. Tu t'étales sur l'asphalte tu déchires tes bas tu t'écorches au bitume et tu t'excuses auprès du monsieur qui gentiment te relève.
Tu es la fille qui chute et qui s'en excuse.
Tu es la fille qui ne rend pas les coups.
Tu es la fille qui sombre et que les nuits relèvent.
Mais qu'est-ce que ça peut faire ?

Le monsieur s'inquiète, vous êtes sûre que ça va, ça va, vous êtes sûre, ça va aller ?
Oui pardon oui pardon oui ça va excusez-moi pardon je suis désolée pardon merci excusez-moi je vais réessayer.
Et je repars en zigzag les genoux en sang le sac en bandoulière les joues roses et le plissé lunaire.

J'ai maintenant des croûtes de fillette qui ornent mes genoux.
Je me sens moins vieille.

*

Et n''oubliez pas, c'est ce dimanche la petite vente de Noël chez Maison Bastille ! (Promis, j'irai à pieds...)

06/12/2016

*Recueillir*




J'ai mis ma main comme une petite coupe
Un coquillage
J'y ai recueilli une larme
Là où je gardais son secret

Nous mêlons nos doutes
Nous racontons à peine nos tristesses nos histoires
Si belles, que les nuages à l'aube en rosissent

Les garçons pleurent parfois
Les garçons rient aussi quand les filles dansent les soirs où elles déraisonnent en buvant sous les roses dans les boutons desquelles elles cachent les secrets confiés comme de petits trésors.
Les filles rient comme elles pleurent et se prennent en photo dans les miroirs des cinémas. Là où s'inventent des vies et où les talons claquent sur les trottoirs glacés des nuits d'hiver.

*

J'ai éparpillé des graines sur le balcon, pour la danse des mésanges, le petit spectacle de mes matins.

*

Notez que je serai le dimanche 18 décembre à Maison Bastille - 34 bis, rue Amelot, dans le 11e - pour une petite vente de Noël à quatre. 



29/11/2016

*Exposer*























J'expose pour la première fois quelques dessins originaux, et c'est à la très jolie Cachotterie de Frédéric Clément.

(Rosissement de joues.)

Vous pourrez y voir aussi les oeuvres de :
Michel Boucher
Pascale Bougeault
Frédéric Clément
Philippe Davaine
Caroline Fontaine
Lucile Jaeghers
Cécile Louvet
Nathalie Magrez
Philippe Mignon
Vincent Tessier
Boris Tissot

Le vernissage a lieu ce samedi 3 décembre de 15 à 21 heures, avec un cocktail à 18 heures.
Vous pouvez ensuite visiter l'exposition tous les samedis et dimanches de décembre !

Pour venir, toutes les explications sont ici :
http://www.lacachotterie.com/venir

*

Et dès que j'ai un peu de temps, je vous écris....




23/11/2016

*Rappeler*


































N'oubliez pas que je serai à l'Atelier du Petit Parc tout le week-end, et il y aura du beau monde !

20/11/2016

*Horizonner*



































Quand je me suis réveillée la tempête était passée avait chahuté les feuilles avait frappé de gouttes désordonnées les volets fermés avait renversé le rosier.
J'ai eu envie de voir la mer.
J'ai eu envie de sable mouillé j'ai eu envie d'embruns, du vacarme des vagues et de la folie du vent, j'ai eu envie d'horizon nuageux de dégradé de gris, de cheveux emmêlés et de courses sur la jetée.
J'ai eu envie d'un abri douillet.

J'ai pris la passerelle et j'ai pêché les mouettes parisiennes au-dessus de la Seine. Elles tourbillonnaient dans le ciel gris elles m'annonçaient la pluie.
Je les ai regardées se poursuivre.
Je me suis demandée si la mer leur manquait parfois, si elles en ressentaient de la nostalgie.

Paris, lâche-nous un peu qu'on s'horizonne...

*

Mes prochaines évasions sont répertoriées dans la colonne de droite. Nantes. Cachan. Paris. Saint-Germain-en-Laye (mais sans moi).


17/11/2016

*Se déplacer*




Muriel et Isabelle m'ont invitée à venir m'installer pour un week-end dans leur jolie boutique.
Je serai donc à Nantes à l'Atelier du Petit Parc avec cartes et calendriers les 25, 26 et 27 novembre prochain ! 
Vous passerez me voir ? 



10/11/2016

*Plisser*

























Je lui ai dit
Mon amour
Laisse la fenêtre ouverte, laisse-là s'envoler, les coccinelles ne sont pas des escargots, elles sont comme les papillons, elles ne veulent pas s'embarrasser d'une maison.

*

Tu vois cet instant minuscule coincé entre deux autres instants minuscules, tu vois comme il est immense ?
Et je fais un geste avec mes deux mains au-dessus de mon verre.
C'est ça que j'aime.
Les instants immenses.
Immenses de l'insaisissable (qui les remplit).


*

Il faudra que je vous montre mon plissé soleil. Il est parfait dans la brume.

*

Parfois les mots s'échangent.
J'ai emprunté ses étoiles mortes à un homme que mes lampadaires penchés ont inspiré.
Nous avons souri.
Ce serait l'histoire des mots qui circulent, ce serait l'histoire des similitudes, des pensées qui se croisent dans le ciel.

*

J'écris décousu car je prépare trop de choses en ce moment pour me concentrer autrement qu'en pointillés.
Cela me donne envie de poursuivre l'écriture d'un texte en désordre entamée à l'automne dernier.
Alors je ressors mon cahier, je relis les premières pages, je m'installe dans des bars pour tenter de poursuivre.
Mardi j'ai terminé ma page ainsi : "C'est insupportable d'écrire coincée entre deux femmes. Je pars."

*

J'ai mis à jour la liste des points de vente.
J'ai mis presque à jour les créations pour commande particulière.