13/11/2014

*S'ensoleiller*





























"Il y a un peu de soleil. J'aurais bien lu un bout de soleil vu par vous !"
Sourire.
C'est tentant il me tente il m'incite il m'invite à écrire.
Je descends plus vite le boulevard. Tic tic tic tic tic, je lui réponds, tic tic tic tic tic, mes talons, tic tic tic tic, oui, je cours vous écrire.
Je pense, sous le soleil exactement, d'abord. Je pense, non, le soleil n'est pas exactement au-dessus de moi, là. Il décline déjà. Tic tic tic tic tic, je ne serai pas à temps à mon bureau. Tic tic tic tic, il doit m'inspirer maintenant le soleil car, quand je serai arrivée, je le sais, il n'y sera plus.
Et.
J'y suis. A mon bureau. J'y suis et il a tourné. Il s'est caché, je le savais, derrière l'immeuble, le soleil. Il éclaire à peine encore les plus hautes feuilles de mon petit saule. Alors. Ecrire sur le soleil quand il ne me caresse plus la nuque quand il ne me chauffe plus les chevilles quand il n'éclaire plus le mur quand il ne rayonne plus dans mon dos, ce serait l'improviser. Improviser le soleil pour vous.
Non.
Il sentirait la pacotille.
Il reste, sur mon balcon, l'ombre et le vent qui malmène les roses fanées.
Je sens que ça tourne, là, mon écriture, que ça tourne à la mélancolie toujours.
Je me souviens que, dans le bus, tout à l'heure, le soleil éclairait mon visage et que j'ai dû fermer les yeux. Je crois que j'ai dormi un peu. Il me veillait. Il était sur le trottoir aussi quand je suis sortie de la galerie et que j'ai trouvé mes chaussures ridicules.
Je me demande pourquoi toujours cette sensation de ridicule.
J'ai à peine écrit sur le soleil et voilà que la nuit tombe.
J'ai à peine écrit sur le soleil, la nuit tombe et je sens qu'elle m'invite elle aussi.

Je vais changer de chaussures.
Et.

J'enjamberai la Seine d'abord
J'envisagerai un virage ensuite
Et quand la rue sera sombre
Mon sourire et moi
Nous frôlerons l'anthracite



06/11/2014

*Livrer*


























J'ai acheté deux livres en passant. Le premier commence par cette phrase : " Ce que je fais ici, c'est rester sur cette tombe, B5 touchée coulée." Je venais de traverser le cimetière, ça tombait bien. Je venais de traverser le cimetière encore. Je venais de traverser avec plaisir le cimetière encore, le cimetière éclairé par le soleil d'automne. Les pieds dans les feuilles mortes. La tête au creux des tombes. Les chrysanthèmes. Le doré des lichens. La pierre. Le silence. L'abandon.
Le deuxième livre commence par cette phrase : "Ça compte malgré tout, même si cela s'est passé alors qu'il était inconscient." Pas de coïncidence pour celui-là. Ou alors, oui, ça compte malgré tout. Malgré tout, oui, ça compte de plus en plus.
J'ai continué à marcher, je déambule toujours un peu avant de rentrer. Lou Doillon prenait un verre en terrasse avec deux hommes. Elle avait une queue de cheval. Je marchais seule. Je n'avais pas attaché mes cheveux.
En arrivant, un petit livre m'attendait dans ma boîte aux lettres. Il commence par cette phrase : "On imagine toujours que le poète est un être pacifique doux et un peu simplet.../..." (Je triche car il n'y a pas de point et ça continue sans point sur toute la longueur du texte.) J'ai aimé recevoir ce livre. J'ai inévitablement pensé à celui que j'aurais dû recevoir un jour et que je n'ai jamais reçu. J'ai aimé découvrir ce tout petit livre dans l'enveloppe. J'ai aimé lire les premières pages. Je vais le terminer ce soir.
Après j'ai coupé des légumes dans la poêle et je me suis encore demandé ce que j'allais devenir.

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Un coloriage de l'Avent est disponible dans le magasin.

Et puis,  je me demande si Mirabelle va trouver de quels livres il s'agit dans cette petite histoire...
Et puis, merci pour vos mots gentils, je regrette de ne pas ou plus avoir vos mails pour vous répondre.


03/11/2014

*Jeter*






















































Alors j'ai ouvert la fenêtre. Une bourrasque s'est engouffrée dans la pièce. Mes papiers se sont envolés, j'étais tout ébouriffée.
J'ai ressenti l'invitation.
De mon placard, j'ai tout sorti. J'ai balancé dans le ciel la robe grise la robe noire la jupe taupe les collants verts le pull kaki le gilet rose la chemise blanche les bas zibeline le manteau bleu la veste grise l'écharpe beige le sweat d'hiver les ballerines jaunes la marinière le caraco la robe fourreau le jean usé le corsage offert les culottes les nuisettes le chandail en mohair le pantalon ivoire les chaussettes rayées le foulard en soie le sac les bretelles...
J'ai envoyé balader les manuscrits les lamentations les carnets noirs les bouts de rien les souvenirs usés les bocaux vides les bocaux pleins les chaises écaillées un vieux tableau le tuyau d'arrosage les patins à roulettes les draps fleuris les draps unis les oreillers percés les édredons éventrées les plumes les couettes les couleurs délavées les livres cornés...
J'ai empoigné les assiettes, elles ont volé, j'ai jeté jeté balancé les vieilles rengaines crié par la fenêtre ouverte et j'ai regardé mes guenilles mes vieilleries mes valises se dandiner dans l'air s'accrocher aux branches aux nuages s'écraser sur le trottoir...
Me voilà nue et muette debout sur le parquet.
J'attends le renouveau.  Je voudrais qu'il soit léger.

24/10/2014

*Compter*




















Il y a eu celle-là.
Il y en a eu une autre aussi. Les mails n'existaient pas encore. Mon papier à lettres était bleu.

En juin dernier
Je lui rendais visite
Et
Surprise
Je ne m'y attendais pas du tout
Je n'aurais pas pu imaginer
Je la connaissais à peine
Elle m'a proposé
C'est presque incroyable
Une correspondance.
Bonheur.

Elle a envoyé la première lettre
Je poste aujourd'hui ma huitième
J'en ai neuf d'elle
C'est presque un secret.
J'espère que nous nous écrirons longtemps.

J'ai dû lui poster deux cartes postales aussi
Il y a aujourd'hui sept roses blanches épanouies et graciles à mon rosier
J'ai quatre chatons tout ronds sur mon canapé
Je viens de boire un mauvais café
J'ai reçu un virtuel baiser à 7h08
Je dessine vingt-quatre dessins minuscules
Trois abonnés de plus et j'atteindrai un chiffre rond
J'ai écouté cinq fois de suite la même chanson
Je ne sais pas comment chiffrer le silence
J'ai lu deux livres en quatre jours alors que je ne lisais plus
J'ai trois lieux pour écrire
J'attends une réponse
J'ai épluché neuf pommes
J'habite au cinquième
Ils partent quatre jours
Ceci est mon cinq cent vingt-sixième papillonnage
Je ne sais pas vraiment jusqu'à combien je peux tenir




19/10/2014

*S'endimancher*


















Je reçois : "Dimanche solaire. Rouge et doré. Pensées."
J'envoie : "Dimanche silence. Dimanche lecture. Dimanche lenteur. Dimanche cogitation. Dimanche chatons. Dimanche sourire. Dimanche poulet rôti. Dimanche rose blanche. Dimanche écriture. Dimanche lessive. Dimanche jupe parachute. Dimanche allô. Dimanche vélo. Dimanche tango. Dimanche chaussures dorées. Dimanche cavalier. Dimanche on danse. Dimanche ça tourne. Dimanche ça virevolte. Dimanche un verre. Dimanche à bientôt. Dimanche marcher un peu. Dimanche attraper le bus. Dimanche bercée. Dimanche qu'est-ce qui m'arrive. Dimanche une envie. Dimanche non. Dimanche si. Dimanche oreillette. Dimanche le message du 11. Dimanche pourquoi maintenant. Dimanche play. Dimanche fermer les yeux. Dimanche pincement. Dimanche spleen. Dimanche. Dimanche. Pensées."



16/10/2014

*Garder*
































Je garde des moustaches de chats dans une boîte à fleurs
Je garde mes dents de lait
Je garde un oeil sur eux
Je garde des paquets de lettres d'amour, je ne sais plus toujours qui me les a écrites
Je garde des petits bouts de pas grand-chose (des miettes, dirait Julie)
Je garde une cicatrice que vous ne pouvez pas voir
Je garde quatorze bocaux remplis avec des choses de toutes sortes récupérées sur plusieurs années dans les poches d'un de mes fils
Je garde espoir (mensonge)
Je garde un message depuis le 11 octobre 2013 dans mon téléphone, je n'ai ni le courage de l'effacer, ni de le réécouter
Je garde tous les tickets de mes sorties depuis que je vis à Paris
Je garde de nombreux secrets heureux
Je garde un petit caillou spécial
Je garde les yeux fermés pendant les scènes violentes des films
Je garde de nombreux secrets douloureux
Je garde une plume
Je garde le numéro de téléphone de personnes que je n'appellerai plus
Je garde les cheveux longs
Je garde beaucoup de choses pour moi

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai commencé cette liste, je n'aime plus les listes. Je pourrais continuer celle-là longtemps, je garde de moins en moins mais toujours beaucoup trop. Je crois que je ne savais pas trop quoi écrire mais que j'avais juste envie d'écrire une chose que je gardais au chaud.

J'ajoute que, depuis dimanche, je garde près de mon lit un méli-mélo d'amour : les quatre chatons de Maïa que j'embrasse des dizaines de fois par jour.


09/10/2014

*S'enjuper*




















Quand je suis entrée dans son bureau, j'ai regretté d'avoir choisi cette jupe. Mes talons ont fait beaucoup de bruit sur le vieux parquet, j'ai fini par marcher sur la pointe des pieds.
Il m'a apporté un café dans un gobelet en plastique blanc.
Et il a tout déballé.
Et puis j'ai tout déballé.

Quand je suis ressortie dans la rue et que le vent doux faisait voler ma jupe, je n'ai plus regretté.
Quand j'ai pris un vélo et qu'elle dévoilait mes collants à plumetis en faisant des vagues, je me suis dit, j'ai bien choisi.
Et quand, en montant les marches en bois du parvis, elle s'est gonflée comme un petit parachute, alors là j'étais comblée.

Une jupe, un peu de vent et j'oublie....

*

Et puis ce matin une sensation, et puis sous la douche une phrase qui en découle : je crois que je préfère l'étiolement à la coupe franche.
Peut-être quand cela m'arrange.

Les calendriers 2015 sont dans le magasin !


04/10/2014

*Amainer*


































Ajouter encore : Les mains lavent, les mains enveloppent, les mains rassurent, les mains s'opposent, les mains poussent, les mains sèment, les mains s'aiment.... Les mains. Les petites mains. Les grandes mains. Toutes les mains.


30/09/2014

*Laler*
















Un baiser, là, un baiser, là, un baiser, là
Lalalalala
Pédaler vite, là, sous les arcades, là, tourner à droite, là
Lalalalala
Un café, là, une petite table au soleil, là, Chez Céleste, là
Lalalalala
Un port de bras, là, une pirouette, là, un arabesque, là
Lalalalala
Dessiner des petites vagues, là, écrire une longue lettre, là, photographier, là
Lalalalala
S'inspirer d'Apollinaire, là, d'un fantôme, là, de ce reflet, là
Lalalalala
Trois petits dalhias ronds, là, une jolie chanson, là, le ventre de Maïa, là
Lalalalala
Se dandiner, là, croquer, là, respirer, là

Aujourd'hui était un jour lalalalalalalalala...........
Léger, volatile, et éphémère.



26/09/2014

*Varier*





















Quand j'écris "il y a", je pense à mon oncle.
Un jour, j'étais petite, il m'avait dit que son professeur de français leur avait enseigné d'éviter d'utiliser "il y a" dans un texte.
Je me suis demandé pourquoi. J'ai réfléchi. J'ai pensé à un exemple.

Il y a des fleurs devant la maison.
Des fleurs ornent le devant de la maison.

J'y pense souvent quand j'écris. Je pense à mon exemple. Je pense à mon oncle.
Mais cela ne m'empêche pas toujours d'utiliser "il y a".

Il y a le Père Lachaise dans mon dos et le retour qui s'amorce.
Il y a la rue de la Folie Méricourt et mon sourire qui s'étire.
Il y a dans ma bouche le reste d'une saveur délicieuse.
Il y a le soleil qui éclaire un trottoir sur deux et mes pas qui choisissent la lumière.
Il y a ce matelas abandonné et la photo qui s'impose.
Il y a cette façon évidente que j'ai de faire stagner les choses. Longtemps.
Il y a donc la sensation évidente qui s'ensuit de ne pas avancer. Depuis longtemps.
Il y a ce monsieur recroquevillé et endormi en plein après-midi sur ce pont que j'aime tant traverser.
Il y a ce jeune homme qui brutalise son chien et que tout le monde regarde, interloqué.
Il y a toute cette violence, partout, et le malaise qui me prend à la gorge.

Le Père Lachaise dans le dos, je descends la rue de la Folie Méricourt en souriant. Il me reste dans la bouche un goût que je voudrais pouvoir prolonger. Je choisis le trottoir ensoleillé, j'aime sentir le soleil me chauffer la nuque. Je sors mon téléphone pour prendre la photo de ce matelas abandonné.
C'est parce que je déambule que je pense à ma grande aptitude à l'inertie et à cette sensation troublante de ne jamais avancer vraiment.
La misère et la violence cohabitent chaque jour un peu plus et le malaise me prend à la gorge.


Inspiration dessin.
(Et puis, la boutique va fermer quelques jours pour travaux.)


18/09/2014

*Taqueter*






















Ça a commencé par les pliés
Toujours
Puis tout s'est enchainé à la vitesse d'un courant d'air grisant
Taqueté sissonne changement de pieds soubresaut assemblé glissade pas de bourré saut de chat pirouette grand jeté en avant préparation grand jeté en arrière tour piquet déboulé coupé-ballonnet attitude développé arabesque fondu port de bras tra la la je n'ai plus réfléchi j'ai dansé et je le répète assez, danser rend vivant, danser en écartant les bras comme une danseuse de l'Opéra allège, c'est épatant.

Puis
Rincée
Je me suis assise à la terrasse du petit restaurant à la devanture jaune. De l'autre côté de la rue, l'autre vitrine me renvoyait mon lointain reflet. Il y avait dans le noir de la vitre, du jaune et du vert et du blanc, et dans mon bol un gaspacho rouge et frais comme un pansement.


15/09/2014

*S'arrondir*
























Je pose ma main
Je sonde
Je mesure la courbe
Je tente de ressentir un mouvement
Je déplace ma main
J'appuie plus fermement
C'est doux c'est chaud
Je m'émerveille déjà
Tous les matins tous les soirs
Je pose ma main
Je caresse
J'observe le ventre qui s'arrondit

Enigme :
Il y a dans ma maison un ventre tout rond.
Mais ce n'est pas le mien.


12/09/2014

*Percevoir*
























Je repousse le moment d'écrire ici. Tous mes débuts sont monotones. Je repousse le moment d'écrire. J'ai quelques convictions qui ne sont pas bonnes à dire. Je repousse le moment d'écrire. Ici. Je n'ai envie que d'indicible.

J'ai voulu faire *Substituer*. L'idée m'était venue en changeant un mot de passe.
Je voudrais que tu le devines. Je le tape tous les jours sur le clavier, rien de tel pour remuer le couteau. Dans mes pensées.

Puis j'ai voulu faire *Percevoir*.
Je me demandais ce qu'il était possible de percevoir derrière l'enveloppe.
Car nous sommes des enveloppes en quelque sorte.
Peut-on percevoir le désarroi derrière un éclat de rire ?
Peut-on percevoir la gaieté derrière un visage monotone ?
Peut-on percevoir la faille derrière la cravate ?
Peut-on percevoir la nausée derrière la robe à volants ?
Peut-on percevoir la violence derrière la blondeur de cette fille ?
Peut-on percevoir la sagesse derrière le tablier du jardinier ? Ou au contraire sa mesquinerie ?
Peut-on percevoir le bonheur derrière les chaussures trouées ?
Peut-on percevoir l'amour derrière les larmes ?
Peut-on percevoir la joie derrière cette course effrénée ? Ou l'abandon ?
Peut-on percevoir l'assurance derrière cette blouse démodée ?
Peut-on percevoir la manipulation derrière ce bijou désuet ?
Peut-on percevoir le malaise derrière la simplicité d'un col en V ?
Peut-on percevoir l'envie derrière l'écharpe nouée ?
Peut-on percevoir la jalousie derrière le vernis orangé ?
Peut-on percevoir le plaisir derrière un dos vouté ?

La petite table ronde est vert canard. C'est joli. Les deux tasses à café sont noires. Et dessous, c'est le gris du large trottoir. Nos pieds. La photo serait parfaite.
Je parle doucement j'essaie de comprendre je fatalise toujours un peu. Il m'écoute. Et il y a son sourire. Et il y a les petits carreaux de sa chemise. Et il y a ses mains qui déchirent calmement le papier du sucre. Et il y a sa voix posée qui me répond. Et il y a son regard à ce moment-là. Et il y a ce que je tente de percevoir derrière tout ça.

Et puis hier, je réécoute le discours de remerciement de Xavier Dolan, à Cannes.
Et puis la façon dont il s'adresse à Jane Campion.
Et puis ça : "Je pense que tout est possible à qui rêve travaille ose et n'abandonne jamais."
Et puis mes larmes. Evidemment.
Que disent-elles ?
Peut-on essayer de percevoir soi-même ce que nous cachons ?

Je pense souvent à vous. Bonjour.


06/09/2014

*Anectoter*


Je les pose sur mon nez.
Je le regarde et lui demande :
- Alors ?
- Ça fait bizarre. On dirait un papillon.
- ...

Il arrive donc parfois que la réalité rejoigne la fiction, ou que l'auteur devienne son propre personnage.

*

Je redescends le boulevard et j'ouvre le livre que je viens de recevoir. Je commence à le lire en marchant.
La première phrase est une citation, celle-ci :
"Le bonheur ne produit pas d'histoires."
J'acquiesce intérieurement. Puis je réfléchis.
Je ressens l'envie d'écrire.

*

Pour Ingrid et Florence :
- Attacher la ceinture verte sur la robe noire.
- Enfiler les chaussures dorées à talons hauts.
- Marcher dans la nuit avec le pas dansant.

Je suis passée sous un lustre à pampilles dans un petit hall où pourrait se jouer la première scène d'un film. Je l'ai photographié. J'ai emprunté un petit passage étroit et long que je connaissais pas. Un chat persan aux poils légers m'a suivie. Comme moi, il se sentait bien dans cette nuit douce au parfum de verdure. J'ai pensé à l'Alice de Lewis.
Je me suis assise dans un petit bar à la lumière jaune. J'ai beaucoup ri. Oui.
Voilà. Comme promis, je vous épargne aujourd'hui les idées grises.



02/09/2014

*Tournoyer*
























Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'arrive pas à dormir et je me dis que je pourrais peut-être écrire. Un truc.
Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'arrive pas à dormir et je me dis je ne vois pas ce que je pourrais raconter.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'ai pas recousu ce bouton.
Je n'arrive pas à dormir et. J'ouvre des fenêtres sur l'écran j'ouvre des fenêtres qui s'éclairent je sombre dans des images je lis des pages j'ouvre des fenêtres certaines mêmes qui ont pris la poussière. Les dangereuses fenêtres.
Je n'arrive pas à dormir et.
J'ai dû boire trop de café. J'ai repris le chemin des comptoirs et j'aime tourner ma cuillère dans la tasse.
Je n'arrive pas à dormir et. Je ne devrais pas mais. Je n'arrive pas à dormir et. J'ouvre le dossier noir celui où j'ai enregistré des traces.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'arrive pas à dormir et. Je crois que j'aime me faire un peu mal. Gratter la plaie soulever la croûte replonger dans l'amer.
Je n'arrive pas à dormir et.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'ai jamais su dompter mes pensées.
Je n'arrive pas à dormir et.
Je recoudrai le bouton demain.
Je n'arrive pas à dormir et. Je n'aurais pas dû. Je n'aurais pas dû relire tout ça.
Je n'arrive pas à dormir et. Je ferme tout, les dossiers les fenêtres les paupières.
Je n'arrive pas à dormir et. Je me rallonge et. Je me retourne et. Je me tourne encore et. Je tourne je tourne je voudrais noyer mes pensées tournoyer.
Je n'arrive pas à dormir et. Je. Et. Les draps. Je. Ma peau. Je. Je vais y arriver. Oui. M'endormir. Oui. La nuit est à son milieu. Je. Ma peau. Les draps. Mes pieds. Froids. Les draps. Ma peau. Ses pieds. Chauds.