29/07/2016

*Tourner*


































Elle avance debout sur le petit muret qui longe le jardin des Tuileries. Elle tourne sur la pointe des pieds. La nuit est tombée, de l'autre côté la grande roue s'est allumée. Sous l'ombre noire des marronniers, dans les coins les plus sombres du parc, des couples s'enlacent sur les bancs de pierre, des garçons ont mis un peu de musique et fument en cachette.
Les gardiens surveillent et le faisceau des lampes-torches balaie les jambes nues.

*

Les robes qui tournent m'ont toujours allégée des petits poids et autres écorchures.
Donc.
Je passerai le reste de l'été en robe.
Je m'imagine écrivant le soir quelques mots dans un carnet dont j'arracherai chaque page.
Je les posterai une à une. Au jour le jour. A quelques-uns d'entre-vous.

*

Le titre du troisième roman de votre été pourrait être : Une robe de cigale.

*

Une pause en robe jusqu'au 21 août.
Avec quelques signes par ici


23/07/2016

*S'enlycer*































Tu respires le parfum des draps qui sèchent, tu remplis l'arrosoir, tu écoutes le bruit de l'eau qui coule dans la terre, tu aimes éclabousser tes pieds sur le bois chaud de la terrasse. La machine tourne encore, il n'y a plus qu'elle. Et le silence. Tu n'appelles personne, personne ne t'appelle, tu promènes les choses d'une pièce à l'autre, tu marches pieds nus sur le parquet, tu esquisses des petits pas de danse, tu te demandes qui arrosera les plantes. Tu prends une petite glace, tu touches machinalement ton ventre, tu n'arrives pas à travailler, tu devrais pourtant, tu dessines des lys fanés, tu ne sais pas quoi faire avec ce robinet qui fuit, tu relis tes notes et tu souris. Tu regardes les petites photos, tu les ranges. Tu ouvres tes boîtes, tu retrouves des choses oubliées, tu hésites à les photographier. Tu remarques que tes mains ont vieilli encore. Tu reprends une deuxième glace, tu te dis que tu ne mangeras pas ce soir. Tu déambules dans ton esprit, tu abordes toutes les pensées avant de les abandonner. Tu ne te concentres pas, tu ne sais plus réfléchir. Tu mets un vieux Gainsbourg. Tu savoures. Tu savoures l'espace de la solitude soudaine. Tu repousses le moment où tu t'inquiéteras.
Tu t'appelles comment ?
Tu te dis que l'on pourrait aussi écrire les histoires et les vivre ensuite, et non l'inverse.
Tu réfléchis donc à ce que tu vas faire cette semaine, et cette semaine commence ce soir : il fera 26 degrés à 20 heures près de la fontaine, tu arriveras par la porte latérale, le sable du jardin se glissera sous tes orteils, tu sentiras le tissu léger de ta robe sur ta peau nue, tu choisiras une chaise isolée et tu attendras que la nuit tombe pour entamer le chapitre premier.
Le titre du deuxième roman de votre été serait : L'été des lys.


19/07/2016

*S'éteindre*













Dimanche.
Je passe l’après-midi à lire. Je sens que je pourrais pleurer en lisant certains passages et je me demande quand je pourrai m’autoriser à écrire comme ça, sans ellipse. Je me demande si je pourrai un jour gommer les métaphores.

En lisant le dernier paragraphe du livre, deux larmes se forment dans mes yeux.
Je les essuie et j’empêche les autres de suivre.
Je pense à la mort. Je pense à la petite douleur dans mon cou.
Je pense à mon grand-père qui, coincé par les barrières dans son lit d’hôpital, m’a lancé : ce n’est pas la peine de venir me voir si tu ne peux pas me sortir de là.
Je pense à celui que je n’ai pas vu mourir mais dont j’imagine le sourire gêné derrière son masque à oxygène, son sourire généreux et bienveillant, heureux de voir autour de son lit ceux venus l’accompagner. Coincé, apeuré, mais ne l’exprimant pas pour ne pas déranger.
Je pense à celle qui ne pouvait plus me sourire et dont je ne connaissais pas ce regard de reproche et d’affolement devant l’impossibilité qu’elle avait soudain d’articuler. Elle avait pris la couleur des nuages dans les draps.
Je pense à celle qui a rendu si libres et gais les jours de mon enfance et qui s’est éteinte, amaigrie, dans une silencieuse tristesse, alors que j’étais loin un été. Je regrette de ne pas lui avoir demandé de me raconter la femme jeune qu’elle avait été.
Je pense à celle qui a été fauchée en pleine joie. Stop. Comme ça.
Je pense à celui qui a souffert si longtemps avec sourire et patience avant d’accueillir la grande dame, résigné. Je l’imagine chaque soir allongé sous la terre. 

Et puis je me souviens de ta chemise noire, de tes sanglots subits quand tu as voulu me dire, et de ma main qui s’est spontanément tendue pour essuyer tes larmes et attirer tes yeux à ma bouche. Il y avait la petite table carrée du bar entre nous et un journal posé dessus. Tu m’avais montré l’avis d’obsèques.
Et je t’ai dit, chuuut.... ne me raconte pas. Pas maintenant. 

*

Il est court ce texte, j'aimerais qu'il soit beaucoup plus long.
Mais c'est l'été. Je le poursuivrais cet hiver. 



09/07/2016

*Se réveiller*


























C'est sûrement parce que les jours se coulent dans la nuit et qu'à l'aube je guette déjà.
A l'aube je guette le petit bruit cristallin de la fontaine.
Le silence me réveille.
Je goutte à la paresse comme remède à l'inquiétude.

Nous sombrons ?
Oui. Mais regarde comme c'est beau...

*

Sur la petite route de campagne si familière, je repense à la 204 et à toutes les chansons que nous chantions à trois en avançant sous les arbres.
Dans mes souvenirs, tout est beaucoup plus grand. J'étais une petite fille dans une ferme immense.

*

Je ne résiste pas à la caresse du soleil sur la peau nue, ni aux volets clos dans la journée, ni à la douceur des soirs sur le bitume, ni aux verres au comptoir quand les autres rentrent se coucher, ni aux bouquets immenses, ni aux tissus légers, ni à la lecture des sombres histoires, ni à mes pensées vagabondes, ni au découragement, ni à l'ombre des tonnelles, ni à la lumière des bougies dans l'embrasure. C'est l'été.

*

Ce que je n'écris jamais c'est que je suis fière. Je suis fière de mes deux papillons.

*

Ça fait couler les larmes.

*

Il lui dit :
- J'espérais vous voir en robe légère.
Elle écarte son gilet d'un côté. La robe est à bretelles. L'épaule apparaît.
Ils se sourient.
Elle dit qu'elle ne reviendra pas. Elle se demande en disant cela si elle flanchera dans le quart d'heure suivant sur le trottoir. Elle se demande si elle se retournera. Elle se demande si elle sentira le poids de sa petite phrase peser soudain.
Dehors elle ne ressent rien d'autre que la douceur de l'air. Les pensées glissent. Elle photographie les fleurs emprisonnées derrière la vitre.

Cela pourrait être le début du roman de vos vacances.
Il faudra que je lui dise en serait le titre.